mardi 30 janvier 2007

29- Chronolgie des événements de la signature du Protectorat Français (4ème Partie)

Tel était l'état des choses en Tunisie lorsque plusieurs incidents survenus sur notre frontière algérienne vinrent appeler l'attention de notre gouvernement sur la gravité de cette situation.
Le 16 février, quatre Kroumirs de la tribu des Bechenias entrèrent sur notre territoire chez les Aouaouchas, et volèrent deux juments au nommé Hallel-ben-Arbi de la tribu algérienne des Ouled-Nehed. Le propriétaire tua l'un des voleurs, et reprit ses animaux.
Trois cents Kroumirs Bechenias et Ouled-Cedra rentrèrent alors chez nous, pillèrent et brûlèrent trois tentes de la famille Hallel-ben-Arbi. Les Ouled-Nehed se réunirent, repoussèrent les agresseurs, en tuèrent un et blessèrent un autre. Eux-mêmes eurent un homme blessé. Les Bechenias se retirèrent, mais en annonçant qu'ils se vengeraient.
Nos tribus inquiètes firent demander du secours. Le général Ritter dirigea sur la frontière une compagnie de spahis du Tarf, une compagnie du 39ème et deux compagnies de zouaves.

Cet incident survenait au moment même où un délégué tunisien, Si Hassouna était en conférence avec le commandant Vivensang à quelques lieues de là, à Dra-Keroum, pour le règlement de réclamations relatives à des actes de brigandage antérieurs. Le commandant Vivensang réclamait : « 14 réfugiés, 1200 bœufs, 12 chevaux, 30 juments, 17 mulets, 11,000 francs de rançon, 7 dias (prix du sang pour les assassinats), 9,500 francs d’objets volés; 171,000 francs pour les incendies de la Calle, 150,000 francs pour les incendies allumés par les Ouchtetas. »

Ces demandes étaient basées sur des états nominatifs des voleurs et des volés, avec la valeur et la date des vols, tous postérieurs au mois de mai 1880. Le délégué tunisien se répandit en promesse et garantit le châtiment des coupables, mais un seul détail permettra de se rendre compte de la sincérité et de la valeur de ces promesses.
Si Hassouna ne put pas obtenir des tribus tunisiennes la paille dont il avait besoin pour la litière de ses chevaux et les vivres nécessaires pour ses serviteurs.
Il pria même le commandant Vivensang d'amener une escorte de cavaliers français afin de ne pas être maltraité par les tribus qu'il se flattait de réduire.

En présence de cette situation et de l'effet moral très défavorable qu'elle produisait sur nos populations arabes du département de Constantine, le 23 février, le gouvernement général de l'Algérie crut devoir demander des instructions à Paris, en émettant l'avis qu'on ne s'en tînt plus aux mesures bienveillantes et conciliatrices dont on avait trop longtemps usé.

M. le ministre de la guerre fut chargé par ses collègues d'étudier le côté militaire de la question, et, le 13 mars, il présentait un rapport dont voici le principal passage :
« En ce qui concerne la protection de notre frontière, je crois devoir signaler a votre attention les résultats obtenus dans l'ouest de notre colonie algérienne par le mode de procédé adopté, depuis nombre d'années déjà, de concert avec le gouvernement marocain. Là aussi des populations algériennes ont dans leur voisinage des tribus marocaines remuantes et guerrières qui, non contentes de donner asile aux malfaiteurs, violent parfois notre frontière et dirigent des incursions contre nos nationaux.
Amené à constater son impuissance pour nous faire rendre justice, le gouvernement marocain n'a pas hésité à nous laisser le soin de châtier nous-mêmes les coupables, et c'est ainsi que nos colonies expéditionnaires, pénétrant sur le territoire du Maroc, ont pu à diverses reprises aller punir les agresseurs au delà de notre frontière de l'ouest. »
« Ne conviendrait-il pas de proposer au gouvernement de la Régence des dispositions analogues, et au besoin de le mettre en demeure de les accepter?
Quelle abjection le bey de Tunis pourrait-il présenter si notre chargé d'affaires, après avoir, constitué un ensemble de griefs suffisants, et fait constater au nouveau au bey de Tunis son impuissance à réprimer les actes de brigandage, commis à notre préjudice par les tribus frontières, notamment par les Kroumirs et les ouchtetas, réclamait pour la France le soin d'aller punir les coupables sur leur territoire ? Nos voisins de Tunis apprendraient ainsi à respecter l'Algérie française, et, comme ils n'ignorent pas que la répression ne saurait manquer de les atteindre, ils auraient davantage souci de leur responsabilité.
Ne convient-il pas de remarquer aussi que, dans le cas où de semblables, propositions seraient écartées par le -gouvernement de la Régence, couvrant ainsi les actes des tribus qu’il est incapable de maintenir, la France aurait épuisé tous les moyens de conciliation compatibles avec sa dignité, et serait en droit de prendre une autre attitude, sans que personne pût s'en étonner ? »

De nouveaux et graves incidents ne tardèrent pas à venir prêter appui aux considérations par le général Farre et décider des résolutions du gouvernement de la République.

Le 30 mars, quatre ou cinq cents Kroumirs, divisés en trois bandes, envahirent notre territoire, dans le cercle de la Calle. Après une fusillade d'environ deux heures avec une de nos tribus, ils, repassèrent la frontière, mais,
le 31, ils attaquèrent de nouveau. Les tribus tunisiennes engagées dans l'affaire étaient les Ouled-Amor, les Ouled-Bou-Said, les Ouled-Cedra, les Bechenias, les Kraissias et les Ouled-Hallal.

Nos troupes du cercle de la Calle se portèrent immédiatement au secours des Ouled-Nehed. Une compagnie du 59ème et une compagnie du 3ème Zouaves accoururent des camps de Roum-el-Souk et du Tarf.

Malheureusement ces troupes n'avaient pas l'ordre de franchir la frontière, et elles durent supporter une fusillade qui dura neuf heures. Les Kroumirs étaient postés dans la montagne, les nôtres en plaine. Les Kroumirs perdirent une cinquantaine d'hommes. Le 59éme eut trois morts et un blessé, le 3ème zouaves un mort et cinq blessés.

Le général Osmont crut devoir prendre immédiatement des mesures pour garantir notre frontière contre une nouvelle incursion. Trois compagnies de zouaves, plusieurs compagnies de spahis, un bataillon de tirailleurs, une compagnie du 59ème, une division de hussards et une section d'artillerie de 80 furent dirigés sur le camp de Roum-el-Souk et du Tarf.

La garnison de Souk-Ahras fut renforcée par deux compagnies du 34ème stationnées A Guelma. Le chef de bataillon Vivensang, commandant du cercle de Souk-Ahras, avait écrit quelques jours auparavant « que les tribus frontière ne croyaient plus à notre force » et qu'il fallait user « de mesures énergiques ».

L'agitation semblait en effet s'étendre. Les Ouechtetas, rassemblés au nombre de plusieurs milliers; avaient menacé la ligne du chemin de fer de Tunis à la frontière. Plus au sud les Frachiches, les Ouled-Bou-Ghanem et les Ouarkas annonçaient hautement que les Français allaient rendre à la Tunisie le territoire de Beccarim.

Le caïd du Kef écrivait de son côté, le 8 avril, à l'un de nos caïds algériens de faire évacuer par sa tribu le territoire situé auprès de la mosquée de Sidi-Amici, prétendant que ce territoire appartenait à la Tunisie

4 commentaires:

ouhayed loubya a dit…

Une histoire et des motifs qui vous rappeleront l'irak et son pétrole .




LES FRANÇAIS EN ALGERIE


Louis AGHETTA




L'Algérie avant les Français


Au début du XIX° siècle, l'Algérie est depuis plusieurs siècles le repaire des corsaires (1) barbaresques.

Après la Reconquista espagnole, la lutte s'était poursuivie sur mer et sur terre d'Afrique. En 1519, les Espagnols investissent Mers el Kébir (2), Bougie, Oran et Alger (3).

Les Chrétiens étaient encouragés à la course par le pape et les monarques européens. Donc, sur mer, Chrétiens et Musulmans continuent à se faire la guerre tout en pratiquant les échanges commerciaux.

En 1516, les frères Barberousse, Aroudj et Khaïr ed Din investissent Alger. En 1519, Aroudj décède et en 1519 Khaïr ed Din offre ses services au sultan de la Sublime Porte, Sélim Ier. Ce dernier, trop heureux d'étendre son empire à si bon compte et surtout d'acquérir un capitaine et une marine hors pair, lui envoie de l'artillerie, 2000 janissaires et un firman impérial. En 1533 Barberousse se rend à Istanbul pour être nommé Kapoudan pacha, c'est-à-dire ministre de la marine ottomane (4). En 1534, il investit Tunis, repris un an après par Charles Quint en personne.

Khair ed Din développe la course en mer, aidé par les Andalous qui avaient fuit l'Espagne. Il construit la jetée qui relie l'îlot du Peñon à la ville. Les Espagnols, Français, Anglais et Hollandais développent leurs flottes de galères.


La course

Pratiquée par Chrétiens et Musulmans, elle se faisait d'avril à septembre, car on ne naviguait pas d'octobre à mars en Méditerranée. La galère était un vaisseau beaucoup trop fin pour supporter une mer dure.

En dehors des combats navals, elles étaient utilisées pour piller les côtes, notamment de Sicile et de Sardaigne, ce que lui permettaient sa rapidité et sa faible hauteur sur l'eau. Sa coque était enduite de graisse pour améliorer la glisse.

Au XVI° siècle, 35 000 esclaves croupissaient dans le bagne d'Alger, en attendant d'être vendus sur les marchés d'Alger ou embarqués comme rameurs. Les meilleurs de ces derniers pouvaient, s'ils acceptaient de se convertir, devenir raïs.

Nombreux furent les Chrétiens qui devinrent ainsi de grands capitaines des armadas ottomanes : Turgut Reis, El Greco... Une légende du Sud Ouest de la France a longtemps prétendu que tel était le cas de Khaïr ed Din (5), mais il n'en est rien.

À cette époque, la galère n'est pas cet instrument de tourments qui hante les esprits de notre temps. Il faut d'abord dire que la mauvaise réputation des galères est essentiellement d'origine française. De nombreux écrivains, dont Victor Hugo, ont décrit l'horreur de ces bagnes flottants créés par les rois de France. Ce que l'on ignore généralement, c'est que de tout temps il y eut des galériens qui étaient des hommes libres et heureux de leur sort. Les rameurs de Pythéas, trois siècles avant Jésus-Christ, étaient fiers de leurs efforts librement consentis qui les conduisirent au cercle polaire.

Le métier de galérien présentait tout de même de grands risques. Le garde chiourme excitait de son fouet les rameurs, parfois au rythme d'une flûte. Il plaçait les hommes libres au plus près de la coursive centrale, en extrémité de rame, pour éviter qu'un des prisonniers ou esclaves ne le prenne par les pieds et l'entraîne sous le banc où le pire pouvait l'attendre. Tous les rameurs étaient entravés par des chaînes. Ils devaient donc dormir comme ils le pouvaient sur le banc, la tête contre la rame ou sous la rame. L'odeur à bord d'une galère était épouvantable car les rameurs devaient déféquer sous les bancs. Ainsi une galère était repérable à 5 miles sous son vent grâce à son odeur.

Pendant les combats, les hommes d'armes échangeaient des tirs d'arquebuses ou d'arbalètes. Lorsque le capitaine manœuvrait astucieusement, il harponnait avec sa proue le flanc de la galère adverse, dont les rames étaient brisées, et par voie de conséquences les membres des rameurs enchaînés à celles-ci. La proue, de la galère assaillante, défonçait les apostis de la galère assaillie et servait de passerelle pour l'assaut. Les rameurs de la galère assaillie ne pouvaient que se blottir sous les bancs, tandis que les soldats amis ou ennemis marchaient sur leurs dos !

N'ayant aucune protection, les rameurs étaient très exposés. De plus si la galère coulait, les rameurs enchaînés coulaient invariablement avec elle !

La nourriture des marins et hommes d'armes était uniquement constituée de biscuits cuits avant le départ. Le pain de la terre ferme se serait détérioré rapidement avec l'air marin.
Le repas était toutefois servi de préférence la nuit, afin que les rameurs ne voient pas les possibles dégâts causés à la nourriture. Les razzias permettaient d'améliorer l'ordinaire.

La galère est donc un moyen de transport, mais aussi de course. Nous dirons aujourd'hui une vedette rapide, un intercepteur d'escadre. Basse sur l'eau, de faible tirant d'eau, pouvant se confondre avec l'horizon, elle est redoutable car elle est capable de surgir à l'improviste et de disparaître rapidement une fois le coup fait à terre, rarement en mer. Bateau cependant fragile, sa forme lui interdit une mer forte, donc pas d'Océan. Elle se briserait, se casserait en deux. Aussi n'opère-t-elle que près des côtes et à la belle saison.

La galère pénale française du XVI° siècle est un croiseur auxiliaire d'été mis à sec l'hiver. Ceux qui la montent deviennent les bagnards des ports de Toulon et de Marseille. La galère n'est qu'une des embarcations de la Méditerranée : naviguent aussi galées, galéasses, brigantins, fustes, caraques, beaucoup à voile et à rames, cette propulsion mixte étant adaptée à la Méditerranée.

On s'éloigne peu des côtes, et les manœuvres de port sont faites à la rame. Sitôt la brise de mer atteinte, on rentre les rames et hisse les voiles. Les cargos du temps s'appellent fustes et caraques. Ils sont lourds, lents, difficiles à manœuvrer et marchent à la voile.

Ceux-ci forment la paie d'embarcations plus aisées dans la manœuvre. Pirater est alors une entreprise, il faut attaquer le Génois, l'Espagnol ou le Vénitien avec un chebec ou un brigantin. Et si le butin est de faible valeur - on peut se tromper, n'est-ce pas ? - on ne s'embarrasse pas. S'il a de l'intérêt, il faut en plus disposer d'un bateau rond pour transborder le butin, le conduire au port et vendre la marchandise.

Les captifs pris à bord des vaisseaux chrétiens vont grossir le bagne d'Alger, réservoir d'esclaves qu'on ira revendre ailleurs, jusqu'à Livourne en Italie ou Montpellier en France. Oui, il y a ce genre de commerce, même en terre chrétienne. Juste avant la transaction, les "vendus" réputés musulmans seront baptisés officiellement par les pères trinitaires qui les rachèteront aux corsaires. Officiellement, le baptême les rend libres. Mais pour prix de leur rachat, ils travailleront plusieurs années pour rembourser l'ordre qui les a libérés, soit pour d'autres religieux, soit pour compte d'employeurs auxquels les religieux ont cédé la créance. Ils recouvriront leur liberté à l'issue du contrat qui les lie. " (6).


(1) Et non pas pirates. Pirate est celui qui agit en son seul nom et garde la totalité des prises.
(2) Le Grand Relais.
(3) En arabe Al Djezaïr, les îles.
(4) Khaïr ed Din, ou Hairettin en turc, est un héros national en Turquie. Chaque fois qu'une escadre turque passe devant sa tombe, sur les bords du Bosphore, elle tire une salve d'artillerie.
(5) Voir le livre de Jean La Vallée, " Ce Saintongeais qui devint Barberousse " Edition Le croit vif.
(6) Lettre manuscrite de Jean Marie Bouzy, propriétaire du château des Bernardières en Périgord et ardent défenseur de la thèse suivant laquelle son ancêtre devint Barberousse.



Le roi très chrétien s'allie avec l'Ennemi de la Religion

À cette époque notre bon roi François Ier avait bien des soucis à se faire. Son puissant royaume était de toute part cerné par ceux de Charles Quint : au Sud l'Espagne, au Nord les Flandres, à l'Est les états germaniques et l'Autriche, et de l'autre coté de l'Atlantique les colonies du Nouveau Monde. Il lui restait une solution : s'allier au sultan Soliman le Magnifique dont les armées étaient parvenues aux pieds des murailles de Vienne. Par les Capitulations, Le Padisha lui accorda le libre accès de Jérusalem pour ses pèlerins et surtout sa brillante flotte aux mains de Khaïr ed Din, selon les termes d'une lettre conservée à la Bibliothèque Nationale (7).

Barberousse quitte donc en 1543 les arsenaux de la Corne d'or avec ses galères et participe à plusieurs engagements contre Charles et ses alliés. L'hiver arrive, et le Raïs a besoin d'un grand port pour abriter ses galères. Qu'à cela ne tienne, François fait évacuer Toulon et pendant six mois les muezzins turcs vont appeler à la prière du haut des clochers...Puis, pour les beaux yeux de sa toute jeune épouse Maria Gaetano (8), de 45 ans sa cadette, il s'empare de Nice, mais ses janissaires buttent sur la citadelle.

Une seule fois la paix entre Alger et Paris est troublée par le bombardement d'Alger de 1683, des vaisseaux français ayant été pris par les corsaires algérois. En 1689, Louis XIV signe un traité avec le Dey d'Alger qui prolonge le régime des Capitulations. Ensuite, les vaisseaux français sont épargnés par les Barbaresques. Par ses comptoirs français, la Régence nous approvisionnait en grains, cuirs et laines.


(7) Voir en annexe 2 la lettre de Soliman à François Ier.
(8) Fille du gouverneur de Reggio di Calabre qu'il avait " enlevée " à la suite d'une méprise.



Charles X lorgne le trésor du dey Hussein


Et au début du XIX° la course barbaresque n'est plus que l'ombre d'elle-même. Le bagne d'Alger ne contient que 2 000 esclaves contre 30 000 au XVII° siècle. De 1800 à 1827, seulement trois vaisseaux espagnols sont arraisonnés par ces corsaires. La course rapportait au Dey de moins en moins : 3 millions de francs or (9) par an de 1805 à 1815, 700 000 après.

Donc la France n'avait aucune raison logique d'envahir l'Algérie, lointaine vassale du sultan d'Istanbul, si ce n'est d'affaiblir l'Espagne. Aux congrès de Vienne (1815) et d'Aix la Chapelle (1818), le duc de Richelieu refuse de participer à une expédition contre les Barbaresques, demandée par les petits pays qui étaient encore victimes de la course.

Mais comme pour l'Irak, les bons arguments ne manquaient pas : même Montesquieu a écrit dans l'Esprit des lois : " Que le gouvernement modéré convient mieux à la religion chrétienne, et le gouvernement despotique à la mahométane. "

Au début du XIX° siècle, la régence d'Alger est un vilayet ottoman peuplé de trois millions d'habitants. Elle est composée de quatre gouvernorats dont celle d'Alger gouvernée par un dey nommé par Istanbul, et ceux de Titteri, Oran et Constantine.

Cette régence est administrée par 10 000 Turcs, dont l'administration, comme, dans le reste de l'empire, est réduite, assurant ainsi la tranquillité publique. C'était une région riche, qui exportait du blé, comme dans l'Antiquité, vers l'Europe, et particulièrement la France, exportation qui sera à l'origine de l'altercation entre le Dey et notre " consul ". Le fait que dix ans plus tard, l'émir Abd el Kader puisse entretenir une cavalerie de 15 000 chevaux prouve la richesse de l'Algérie des Turcs. (10).

En fait, les tribus arabes et berbères des campagnes sont pratiquement autonomes du pouvoir auquel, elles ne participent pas.

Or depuis 1800, le Dey avait avancé 350 000 francs (11) or aux négociants israélites Bacri et Busnach (12) pour la vente de blé à la France. Ni Napoléon, ni Louis XVIII, ni Charles X n'honorèrent la dette de la France.

Le 29 avril 1827, le Dey convoque le consul français Deval. Le ton monte et le Dey soufflette le " diplomate " avec son éventail (13). Pour Charles X, c'est à la fois une insulte et un bon prétexte. Un bon prétexte car le Deval en question avait une sinistre réputation : exclu de la Chambre de Commerce de Marseille, Charles André Julien le décrit comme " taré, considéré à Alger comme proxénète ".

Les ministres de Charles X s'opposent à la guerre car le Trésor est à sec. Malgré tout, en mars 1929, l'escadre de l'amiral Collet se présente devant Alger. De la Bretonnière rencontre le dey Hussein, mais le Turc, soutenu par le consul anglais Saint John, refuse de faire des excuses, arguant de l'insolence de Deval. Notre flotte fait le siège d'Alger et les Janissaires saccagent nos comptoirs de Lacane et Bône (14).

Derrière tout cela, il y avait d'un côté de la Méditerranée une situation financière du royaume désastreuse - les impôts rentraient mal du fait de la propagande de l'opposition, notamment bonapartiste - de l'autre un Trésor du Dey estimé, par les consuls anglais et américains, à au moins 150 millions de francs ors, soit un demi-milliard d'euros, partie en numéraire, le reste en objets et denrées précieuses.


(9) Respectivement 10 et 2 millions d'euros environ, Rapport annuel de la Régence.
(10) Un cheval nécessite 100 kilogrammes de foin par semaine, soit 1.500 tonnes pour la cavalerie de l'émir.
(11) Un million d'euros, voir en annexe 3 la table de conversion.
(12) Selon M Khaneboubi, professeur à l'Université de Bordeaux, il existe aujourd'hui en Tunisie des Busnach juifs et des Busnach musulmans.
(13) On peut aisément imaginer le genre d'insulte raciste, ayant court encore de nos jours, que ce type d'individu a pu employer. (14) Aujourd'hui Annaba.



On peut toutefois se demander comment les deys avaient pu accumuler une telle fortune en cachette de La Sublime Porte qui en avait tellement besoin ! Le dey n'était en fait tenu d'envoyer à Istanbul chaque année que des cadeaux. En retour il recevait du sultan des " bontés ".

Historiquement il y avait déjà eu une tentative de colonisation : notre consul à Alexandrie, Drouetti, dans l'Égypte en plein nahab (15) de Mehmet Ali, avait proposé à Polignac, Premier ministre de Charles X, de confier au pacha d'Égypte le soin de conquérir l'Algérie pour le compte de la France. Bourmont ainsi que le pacha refusèrent.

Concernant cette expédition, la France était partagée en deux :
Charles X était pour : le trésor de la Régence d'Alger renflouera celui du Roy et paiera l'expédition qui détournerait la population des soucis intérieurs (16). Les militaires et les hommes d'affaires étaient pour. À ces derniers, le gouvernement de Polignac avait fait miroiter une exploitation prometteuse de ce riche pays (17). Tous les gouvernements européens, sauf la Grande-Bretagne naturellement, encourageaient la France dans cette aventure.
Mais la majorité des Français étaient contre. Dix ans de guerres républicaines, plus quinze années de campagnes napoléoniennes, oh combien meurtrières, avaient largement suffit. Seule la ville de Marseille était pour ! (18)

Le 2 mars 1830, Charles X annonce dans la salle des Gardes du Louvre, devant les pairs et les députés (19) : " Je ne peux laisser plus longtemps l'insulte faite à mon pavillon ; la réparation éclatante, je veux obtenir, en satisfaisant à l'honneur de la France, tournera, avec l'aide du tout puissant, au profit de la Chrétienté. " (20)

Les députés accueillent froidement l'annonce. Mais après un débat houleux, l'expédition est votée avec 221 voix contre 181.

Le général Bourmont (21) est chargé de la préparation de l'expédition qui commence à enflammer l'armée. Il établit un ordre du jour éloquent à l'intention de ses troupes : " ...Trop longtemps opprimé par une milice avide et cruelle, l'Arabe verra en nous des libérateurs. Il implorera notre alliance. Rassuré par votre bonne foi, il apportera dans nos camps les produits de son sol. " (22)

La logistique est confiée à l'affairiste François Alexandre Sellières (23). Il obtient 2 % de commission sur un " prix moyen " des denrées, mais en faisant jouer la concurrence, il augmente d'autant celles-ci. Il rassemble 120 vaisseaux français et 240 étrangers pour transporter les 700 tonnes de farine, les 500 tonnes de biscuits, 1 000 bœufs et un million de litres de vin, soit 80 000 ballots en double enveloppe étanche.

Côté propagande, rien n'est négligé : le marquis de Clermont Tonnerre rédige plusieurs proclamations destinées aux Algériens. Celle destinée aux murs d'Alger est remarquable : " ... Et je vous promets d'une manière irrévocable et sans équivoque que vos mosquées et chapelles seront respectées, que votre culte sera toujours exercé librement, comme auparavant. Envoyez-nous vos parlementaires. Nous nous entendrons avec eux. " (24)

Le drame est que les Algériens prirent ces mots à la lettre. La Grande Nation, selon les mots de Hamdan Khodja écrits en 1833, ne venait-elle pas aussi pour les libérer des Turcs ? Ces déclarations devaient rendre les dialogues ultérieurs difficiles, voire impossibles.

La Royale, elle, traîne des pieds. L'amiral Duperré met un temps fou pour ramener la flotte de Brest à Toulon. Le corps expéditionnaire commence à embarquer le 11 mai. Le 25, Bourmont quitte Toulon et le 30, le Provence, vaisseau amiral, approche Alger quand Duperré ordonne de remonter vers les Baléares. Duperré tergiverse jusqu'au 13 juin, date à laquelle il finit par faire débarquer la troupe.


(15) L'éveil.
(16) Vieille recette valable aussi bien pour le Tchétchénie que l'Irak d'aujourd'hui.
(17) Autre recette éternelle. Dans la séquence du film de Mike Moore, Fahrenheit 911, on y voit des industriels américains assister à une conférence du gouvernement US ventant potentialités des marchés de reconstruction de l'Irak...
(18) Et les Marseillais trouvent aujourd'hui qu'il y a trop d'Arabes dans leur ville !
(19) Main basse sur Alger, Pierre Péan, p. 67.
(20) 170 ans plus tard, le même argument religieux sera évoqué lors de l'invasion de l'Irak...
(21) Bourmont était mal vu des Français : il avait trahi l'Empereur à Waterloo...
(22) La même propagande a été servie aux GI volant vers l'Irak 170 ans plus tard. Un sentiment identique de déception face à l'accueil sera ressenti...
(23) De nos jours en France, un autre Sellières est un des chantres de la réaction...
(24) Ibid. p. 76.



La conquête


Le 13 juin, les Français débarquent à Sidi Ferrudj (25) à 25 km à l'ouest d'Alger. " Bourmont installe son bureau et sa salle à manger dans la mosquée et sa chambre à coucher contre un tombeau. " (26). À peine débarquée, le chef du corps expéditionnaire contredisait les bons principes de la propagande de Clermont-Tonnerre (27).

Le 18 juin, les Français se heurtent sur le plateau de Staoueli aux 5 000 Turcs, 20 000 Algériens et 16 000 Kabyles de l'Agha Ibrahim. Le 19 juin, Bourmont le bat et pille son camp. 57 Français sont tués, on ne compte pas les Musulmans bien sûr (28).

Les soldats s'emparent " des tentes magnifiques des beys et de l'agha, des armes de pris, des beaux tapis de Smyrne, des brillants uniformes turcs (29), surchargés d'or et de pierreries (30). On ne rêvait plus que trésors, harems et palais (31). " (32)

En attendant le ravitaillement, Bourmont fait construire une route entre Sidi Ferroudj et Staoueli. Le 24 juin, il s'empare de Sidi Alef, le 25 d'El Bihar puis de Bordj Kalassi défendu par 2000 hommes. Le dey Hussein le fait sauter.

Bourmont parvient à Alger et s'empare du fort de l'Empereur. Après la prise du fort, le Dey rassembla les notables d'Alger qui décidèrent de traiter avec Bourmont pour éviter les massacres. " Chacun avait en tête les déclarations écrites du général qui promettait la liberté du culte et l'amitié des Français après la destitution du Dey. " (33)

Dans la cour du Divan, les Français rencontre le khanadji, le Trésorier du Dey, qui remet les clefs du Trésor à Bourmont, qui les remet à son tour aux trois membres de la Commission d'inventaire. Celle-ci dresse un procès verbal dans lequel le trésorier turc reconnaît " que le Trésor de la Régence est demeuré intact et qu'il n'y a jamais existé de registre constatant ni les recettes ni les dépenses. " (34)

Or il faut savoir que dès Barberousse, chaque galère barbaresque embarquait un clerc pour noter le détail des prises en vu du partage entre l'équipage et les diverses administrations d'Alger. Quand on connaît la méticulosité de l'administration ottomane, on a du mal à imaginer que le Dey ne tenait aucune comptabilité de son trésor. Ce qui est beaucoup plus vraisemblable, c'est que cette déclaration a été obtenue sous contrainte.

Elle fut contresignée par les trois membres de la commission, le khanadji et l'interprète.

À la nouvelle de la prise d'Alger, la bourse de Paris ne bougea pas et l'opinion n'explosa pas de joie. Aigri, Charles X devint de plus en plus ennemi de la représentation populaire car lors d'élections, neuf départements avaient rejeté le baron d'Haussez, un des artisans de l'expédition.

Charles organise pourtant un Te Deum à notre Dame en écrivant aux évêques que " le Ciel a béni nos armes ; la justice, la religion, l'humanité triomphent : Alger est tombé ! " (35)

Ce à quoi l'archevêque de Paris répond " La main du Tout Puissant est avec vous, Sire. Que votre grande âme s'affermisse de plus en plus. " (36) Les élections confirment le succès de l'opposition qui reçoit tous les votes de Paris et de 19 départements. Le 26 juillet, les ordonnances de Charles abolissent la liberté de la presse et dissolvent la chambre des députés.

Les 27, 28 et 30 juillet, les journées des Trois Glorieuses jettent notre dernier monarque absolu à bas de son trône.

Pendant ce temps, de l'autre côté de la Méditerranée, des officiers honorables notent des événements troubles. Le général Loverdo trouve " les appartements du dey et de sa fille unique, épouse de l'agha Ibrahim, complètement pillés. Il n'était pourtant entré que le marquis de Bartillat, monsieur de Trélan et sept officiers du quartier général...Les pierres précieuses, l'or et l'argent tant en monnaies qu'en lingots, ont disparu et si le Trésor de France n'a rien à espérer de ce côté, le magot n'est pas perdu pour tout le monde... " (37)

Les rumeurs des détournements parviennent à Louis-Philippe, qui nomme le général Clauzel à la place de Bourmont. Et comment Bourmont quitte-t-il Alger ? Sur un brick autrichien affrété par l'inévitable Sellières...

Clauzel nomme le surintendant Flandin rapporteur de la Commission d'enquête. Ce détournement sera l'affaire de sa vie. Flandin fait cuber par M Guy le volume de pièces d'après les traces laissées par les celles-ci sur les murs des salles du trésor. Avec 40% de vide, Guy arrive au montant de 150 millions de francs or évoqués plus haut.

Pierre Péan a fait reestimer ce montant par Michel Prieur, président de la Compagnie générale de Bourse (38), qui lui arrive à 240 millions. Ce sont donc plus de 200 millions de francs or, soit 750 millions d'euros, qui ont fini dans les poches de Louis Philippe, d'officiers généraux indélicats, de Sellières et de ses séides...

Car en 1830, budget royal était de deux cents millions d'euros environ. Le hold up représentait donc plus de trois années de recettes fiscales du Royaume de France...
Malgré des dossiers en béton et des témoins de premier ordre, Flandin n'arrivera jamais à ces fins, ses méthodes étaient trop douteuses. Doté d'un aplomb phénoménal, il utilisait souvent le chantage auprès de personnages très haut placés.

Il poursuivit la lutte jusque sous le Second Empire, mais il y avait trop de hauts personnages mouillés dans l'affaire...

Pour justifier la conquête, nous avons donc falsifié l'Histoire. M SENAC, professeur de civilisation musulmane à l'Université de Poitiers, a découvert dans le trésor de la cathédrale de Poitiers, le tableau commandé par Louis Philippe pour 5 000 francs or représentant Charles Martel à la bataille de Poitiers. Sachant que le roi citoyen fut indirectement un des bénéficiaires de l'opération, on comprend mieux la commande artistique. Bourmont ne parachevait-il pas l'œuvre de Charles Martel ? Plus, la galerie des glaces à Versailles possède un tableau qui représente la prise d'Alger en 1830. Le Roi Soleil pourtant avait conclu un traité avec le dey...

Cent vingt ans plus tard, un docteur es lettres et agrégé d'histoire et de géographie de la Faculté d'Alger révèle à la France toute la vérité. Proche du Parti Communiste, il s'engage plus fermement après la Toussaint sanglante de 1954. Un voyage en Azerbaïdjan, " un pays qui ressemble beaucoup à l'Algérie, le convainc de la supériorité du système soviétique qui y a vaincu l'analphabétisme, alors, qu'en 1950, 90 % des Algériens ne savent pas lire. " (39)

C'est la levée de boucliers de tous bords, aussi bien de la part de ses collègues que des ultras. Lors de la journée des barricades du 24 janvier 1960, des femmes l'agressent. Son bureau de la Faculté est pillé, ses disques, son appareil de chauffage, sa machine à écrire enlevée. Plus tard, deux bombes endommagent ses documents (40).
Dans son dossier " Le trésor de la Casbah ", on trouve cette phrase : " ...C'est pourquoi on fera appel à Bourmont, homme à tout faire, qui risquera tout pour exécuter les instructions confidentielles : prendre pour le roi les deux tiers du Trésor en secret. Puis transporter cet or à l'étranger, Nice, Gibraltar, Angleterre, et les banquiers le feront rentrer en France. Et puis on évacuera Alger... " (41)


(25) Voir en annexe 4 une carte de l'Algérie.
(26) Main basse sur Alger, ouvrage cité p. 88.
(27) Lors de la prise de Bagdad, un général US déclarera " Tout cela est à nous ! "
(28) Comme les morts irakiens lors de l'invasion US.
(29) La splendeur de ses uniformes devait inspirer ceux de nos régiments de Zouaves.
(30) À Bagdad, ce sont les musées qui en firent les frais.
(31) Exactement comme 700 ans plus tôt, tous les Croisés, bridés par une religion castratrice, fantasmaient sur les harems d'Orient...
(32) Jean Toussaint Merle, Ibid. p. 89.
(33) Main basse sur Alger, p. 95
(34) Main basse sur Alger, p. 103.
(36) Main basse sur Alger p. 106.
(37) Ibid. p. 120.
(38) Ibid., p. 131.
(39) Main basse sur Alger p. 259.
(40) Ibid.p. 260.
(41) Ibid. p. 262.



La colonisation

Qu'allait-on faire une fois l'Algérois occupé ? Bertezène, Voirol, Desmichel et Danrémont sont favorables à une occupation restreinte, alors que Clauzel, Bugeaud et le gouverneur Vallée étaient partisans d'une conquête intégrale.

À l'Assemblée Nationale, Clauzel déclare que la France ne pourra pas garder l'Algérie si elle ne la colonise pas. Certains militaires y étaient carrément opposés, le coût annuel du corps expéditionnaire étant de 20 millions de francs or pour un millions de recettes.

Polignac demandait aux deys de Constantine, d'Oran et de Titteri de reconnaître l'autorité de la France. Devant leurs refus, Oran, Cherchell, Bougie, Arzew, Mostaganem, Annaba et Skikda sont conquises. Le Bey Ahmed de Constantine refuse l'allégeance et se place sous la protection d'Abdul Aziz, avant dernier sultan ottoman qui le nomme pacha. Il refuse la proposition française de gouverneur du Constantinois.

Dans sa capitale Maskara, l'émir Abd el Kader relève la tête, son père s'est déjà illustré dans la lutte contre les Turcs. À 24 ans, l'émir a le soutient de la zaouïa soufie (42), la Kaderiya. Il commande les tribus Hasim et Banu Amir. Elles veulent l'investir sultan, mais il préfère le 24 novembre 1832 le titre d'Amir al Muminim, Commandeur des Croyants. Il tente de rallier les tribus, mais échoue devant Oran.

Pélissier a ainsi les mains libres pour le reste du pays. Abd el Kader achète 3000 fusils pour 180 000 francs or. Bugeaud signe un traité avec l'émir pour se consacrer à Constantine. Le 13 octobre 1837, Vallée s'empare de Constantine.

L'émir signe le 14 novembre un traité avec Desmichel qui reconnaît son autorité sur l'ouest de l'Algérie, sauf Oran, Mostaganem et Arzew. L'émir obtient du soufre, de la poudre et des armes pour pacifier l'Ouest algérien.

Le 14 octobre 1939, la France, dans la lettre du Ministère des Armées au gouverneur, le général Vallée, donne une personnalité administrative à la conquête en employant pour la première fois le terme l'Algérie.

Paris dénonce le traité de Tafna trop favorable à l'émir. Bugeaud est partisan de la manière forte et fait passer ses effectifs de 60 000 en 1837 à 140 000 dix ans plus tard. Pour lui, les " indigènes sont des renards que l'on doit fumer à outrance. ".

Le capitaine de la Légion étrangère La Vaisonne voit en l'émir " une bête fauve, un marabout sanguinaire qu'il faut traquer pour venger la mémoire de nos camarades assassinés. " (43)

Les arguments racistes sont légion. Lasnaveres explique que " les Arabes doivent à la nyctalopie la faculté de se diriger sur nos camps en rampant comme des serpents et en enlevant pendant le sommeil de nos troupes si souvent harassées de fatigue, des armes, des vêtements et notamment des chevaux au piquet " (44)

Bugeaud s'empare de Tagdemp puis de Mascara, la capitale de l'émir. N'ayant plus de ville, Abd el Kader s'en fait une mobile, la smala : 30 000 personnes issues de 5000 hameaux protégés par 5000 soldats réguliers. Malgré ses déplacements fréquents, elle est attaquée le 15 mai 1843 par les 500 cavaliers du duc d'Aumale.

Les massacres se multiplient. Dans la note du 11 juin 1845, Bugeaud explique à son supérieur, le général de Saint Arnaud, comment " plusieurs centaines de villageois périrent asphyxiés et par les flammes dans l'enfumage des grottes du Dahra " (45)

Le général de Saint Arnaud laisse dans une de ces lettres les méthodes qu'il a employées en Petite Kabylie (46) : " J'ai laissé sur mon passage un vaste incendie. Tous les villages, soit environ deux cents, ont été brûlés, tous les jardins saccagés, les oliviers coupés... L'ennemi a perdu beaucoup de monde, et nos soldats ont fait un immense butin. Cette nuit les Kabyles furieux sont venus tirer sur mon camp une centaine de coups de fusil. Nous leur avons fait bien du mal, brûlés plus de cent maisons couvertes en tuile, coupés mille oliviers. Les insensés ! Et ils se soumettent après !... Nous avons jeté les Kabyles dans des ravins, on leur a tué plus de deux cents hommes, brûlés de superbes villages, et maintenant on coupe leurs oliviers... "

Abd el Kader se réfugie au Maroc où il convainc le sultan Abd er Rahman de lui venir en aide en se vassalisant. L'armée du sultan rencontre Bugeaud à Isly. Le sultan est battu et signe la paix. Abd el kader profite d'un soulèvement berbère dans l'Ouarsenis pour franchir la frontière marocaine et attaquer les 400 hommes de Montagnac. Aussitôt Bugeaud à la tête de 100 000 hommes marche à sa rencontre et le poursuit dans l'Ouarsenis, le Djurdura et le Djebel Amour.

Au fur et à mesure de la conquête, les militaires laissent le terrain sous forme de lots industriels (Artisans, commerçants) et agricoles. Un lot agricole coûtait 6 000 francs or, une maison ou un cheptel 1500, soit respectivement 25 000 et 6 000 euros, gratuit en dessous de 40 hectares.

La colonisation fut d'abord familiale, les célibataires sont refusés : il y avait 148 candidats hommes pour 100 femmes. Mais il y a aussi les abandons : 1842 à 1846, sur 190 000 lots attribués, 118 000 furent abandonnés : chaleur, maladies...Le candidat devait déposer un dossier au Ministère de la Guerre qui procédait à une enquête de moralité, et bien sûr un capital de 6 000 francs. Pour les commerçant le lieu de résidence était imposé pour 5 ans.

Des terres, soit tribales, soit privées, pouvaient être achetées aux Arabes, mais l'absence de titre de possession compliquait les transactions. Entre 1873 et 1891, 2 370 000 ha passent par décret sous la loi française.

Le 13 septembre 1847, l'émir se rend au général La Moricière. Il est interné à Amboise malgré la promesse du duc d'Aumale de le laisser rejoindre Damas. Napoléon III le libère en 1852. Il se retire à Damas où il se consacre au soufisme. Après l'Indépendance, la Syrie restituera ses cendres à l'Algérie.

La Kabylie est définitivement pacifiée en 1857.

Le général Lacretelle " remonte dans le passé et voit que l'œuvre accomplie par la France n'est que la continuation d'un fait immense : le refoulement de l'islamisme par le christianisme autrefois menacé et maintenant vainqueur. " (47)

Pour Hain, l'Arabe est une " hyène ou une bête féroce qu'il faut refouler toujours plus loin dans les sables du Sahara " (48)

La pacification se poursuit en éliminant les notables et en brûlant les cultures. L'armée disposa des pleins pouvoirs jusqu'en 1871. Puis le pouvoir passe aux civils et l'Algérie devient un département français.


(42) Il a écrit plusieurs ouvrages sur le soufisme. (43) " Coloniser. Exterminer. Sur la guerre et le fait colonial. " Olivier le Cour Grandmaison, Fayard. (44) Ibid. (45) " L'honneur de Saint Arnaud ", François Maspéro, Le Seuil. (46) " Main basse sur Alger ", p. 241 (47) " Coloniser. Exterminer. Sur la guerre et le fait colonial. " Olivier le Cour Grandmaison, Fayard. (48) À la nation, sur Alger, Paris 1932.


La politique algérienne de Napoléon III

Napoléon trois voulait donner aux Algériens un statut identique à celui des Français. Il s'inspirait d'un saint simonien antillais, Ismaël Urbain, arabisant marié à une constantinoise. Cette position était motivée par son vécu de plusieurs voyages au cours desquels il avait perçu le profond désarroi des populations arabes. Ce fut le sens de son sénatus-consulte du 22 avril 1863 :

" L'Algérie est un royaume arabe...Je suis aussi bien l'empereur des Arabes que celui des Français. " (49)

Ce sénatus-consulte instituait la propriété pour les fellahs. Le 14 juillet 1865, un autre sénatus-consulte définit le statut personnel de l'Algérien en le mettant sous la loi algérienne. (50)

Chez les colonialistes, ce fut un tollé et l'immigration marqua le pas. Le 4 septembre 1870, à la suite de la lamentable capitulation de l'immense place forte de Sedan, 1870 l'empereur abdique et les sénatus-consultes passent à la trappe.



Les populations

En absence de tout recensement turc, Bugeaud estime la population à quatre millions d'Algériens. Le recensement de 1921 donne 5 806 000 habitants dont 4 976 200 Musulmans. Ces derniers constituaient des citoyens de seconde zone. Deux cents habitants de Tlemcen émigrèrent en Syrie.

Le mot Pieds Noirs peut avoir deux origines : soit la couleur des godillots des soldats, soit celle des pieds après le foulage du raisin.

Les Européens sont 160 000 environ en 1856. La France fit appel aux Italiens, Espagnols, Maltais, et Allemands. Les Français deviennent cultivateurs, notamment après la crise du phylloxéra. Dans les villes, ils sont artisans et ouvriers. Les Italiens sont mineurs à Constantine, maçons, jardiniers, commerçants et pêcheurs.

Le sénatus-consulte du 14 juillet 1867 autorise les Algériens à demander la nationalité française. Les Juifs sont naturalisés en bloc par le décret Crémieux du 24 octobre 1870.

Après 1871, à côté des rescapés de la Commune, il y avait des Corses et des viticulteurs du Gard, de l'Aude et du Héraut ruinés par le phylloxéra. La Société d'Agriculture d'Algérie fait appel aux Alsaciens et aux Lorrains fuyant l'empire allemand. Pour les remercier d'avoir choisi la France, l'état leur attribut gratuitement 100 000 ha en Kabylie en parcelles de 20 à 40 ha. Les familles " pauvres " reçoivent une maison et de 1000 à 1500 francs or pour équiper leur ferme. Cette opération fut décevante : sur 1183 familles, seulement 387 restèrent sur place.

Les Espagnols représentaient la communauté européenne la plus forte. Ils avaient fui les conditions difficiles de l'Espagne (51), aggravées par le rapt des USA sur Cuba, de Porto Rico et des Philippines. Un ouvrier espagnol gagnait 3 fois plus en Algérie qu'en Espagne. À l'arrivée des Français, 750 familles espagnoles vivaient à Oran. En 1932, ils représentaient 50 % de la population. En 1886, 160 000 Espagnols émigrent vers l'Algérie. Ils développent l'irrigation et les vergers. Beaucoup se naturalisent. Dans les villes, ils sont boulangers. Par les mariages, les Espagnols se sont fondus dans la communauté européenne.

Les Italiens viennent de Naples, de Toscane et du Piémont. Ils s'installent dans le Constantinois et sur la cote orientale. 39 000 en 1901, ils sont maçons, pêcheurs...

Les Maltais sont d'anciens cantiniers ou vivandiers de l'Armée. Ils deviennent jardinier, pêcheurs, épiciers, chevriers et possèdent l'immense avantage de pratiquer l'arabe.

Les villages colonies

Dès sa nomination au poste de Gouverneur général, Bugeaud définit les villages colonies le 18 avril 1841. Il décide de la localisation de ces villages avec parfois expropriation des Algériens pour cause d'utilité publique. En 1850, il y a 126 villages. Le second empire ralentit leur création par l'État, elle est confiée aux industriels. En 1871, 197 villages se partagent 80 000 hectares.

Un village colonie est conçu pour regrouper les membres issus d'une même origine et d'un même culte. Ainsi en 1873, le village d'Abbo abritait 62 familles originaires de Menton. À Aïn Temouchen, ce sont des habitants de Fressinières.

Des recruteurs parcoururent la France. La vigne était l'activité essentielle, avec 15 000 hectares en 1878 et prépondérance de la grande propriété (25 % supérieures à 100 hectares). Les hommes étant plus nombreux que les femmes, on y envoie les prostituées.

En 1896, 318 000 Français vivent en Algérie. À partir de cette date, les naissances dépassent le nombre des immigrants. La population d'Algériens était de 3,8 millions et en de 1921 5 millions.

En 1921, sur une population de 5 806 000, on compte 4 972 000 Algériens et en 1954, il y a un million d'Européens pour 8 400 000 Musulmans.


Le statut des Juifs

Implantés depuis la destruction du Temple par les Romains, les Juifs dépendaient, depuis la conquête arabe, des tribunaux rabbiniques (cal). Les Juifs d'Algérie furent assimilés aux Juifs de France. La France crée donc un consistoire dans les trois grandes villes algériennes.

Le décret du 4 octobre 1864 accordait, à titre individuel, la nationalité française aux Juifs : seulement 200 Juifs optent pour celle-ci.

C'est le décret Crémieux du 24 octobre 1870 qui donne la nationalité française aux 34 000 Juifs d'Algérie. 3000 refusent cette nationalité.

Malgré le vieux fond antisémite hérité des rois de France, les Juifs étaient courtisés, car ils représentaient la puissance de l'argent. Mais ils étaient malmenés lors des élections : on assista à des manifestations avec pillage des magasins juifs à Tlemcen durant trois jours en 1881, à Alger en 1884.

Plusieurs ligues antijuives voient le jour : 1185, 1896, 1898. À Constantine et à Oran, les radicaux antijuifs publient les ouvrages antisémites de Fernand Grégoire. Pour les socialistes, les Juifs représentent le capital et la spéculation.

En 1940, Peyroutoux annule le décret Crémieux. Les Juifs sont révoqués de l'enseignement public et perdent leurs postes dans les entreprises privées.


(49) Les mêmes paroles figurent dans la tugra (devise) des sultans de la Porte. (50) Tout comme les Chrétiens et les Juifs des différents califats, qui étaient gérées par leur évêque ou leur grand rabbin. (51) Lors des guerres napoléoniennes, nos soldats avaient été horrifiés par la misère de la paysannerie espagnole. On était loin de l'Andalousie heureuse !


Les bureaux arabes

Le but des bureaux arabes était de contrôler les tribus arabes et de surveiller la circulation des marchandises. Le général Bertezène institue les agents de liaison. Son successeur, le général Vallée supprime la Direction des affaires arabes, que Bugeaud rétablit à sa nomination. Son premier directeur avait pour mission de surveiller les institutions civiles arabes (caïd et cheikh) et religieuses (Qadi et hakim)

De 1830 à 1871, la France a écarté les cadres algériens du pouvoir. C'est une des explications des difficultés de l'Algérie d'aujourd'hui.

Le Code de l'indigénat fut institué en 1881 : en conférant à l'Algérien un statut inférieur à celui des Français, son but réel était d'exproprier le paysan et de pénaliser le malfaiteur. Une petite part des caïds collabora avec les Français.

Plus grave, le statut indigène imposait l'Algérien, à revenu égal, huit fois plus que le colon français...

Le 23 mars 1881, l'état civil est rendu obligatoire...



Les Français et le racisme

Sans tomber dans le délire raciste du comte Joseph Arthur de Gobineau, (52) les Français ont été sérieusement vaccinés pendant un siècle et demi, contre toute reconnaissance des autres peuples.

En 1901, " Jules Isaac, président de la Chambre de commerce de Lyon, donne à Paul Doumer, gouverneur général d'Indochine sa définition du mot Civilisation : civiliser les peuples au sens que les modernes donnent à ce mot, c'est apprendre à travailler pour pouvoir acquérir, dépenser, échanger. " (53) Et bien sûr faire tourner les usines du Lyonnais.

En 1907, Jules Steeg écrit que " le patriotisme de l'Arabe ne franchit guère l'horizon de ses tentes et des plaines où pâturent ses troupeaux. " (54)

Pourtant, peu après la conquête, des Français sont conscients de l'abîme qui se creuse entre les deux peuples. L'excellent peintre rochelais, Fromentin, écrit en 1859 : " Se comprend-on ? Se comprendra-t-on jamais ?...La paix est faite en apparence, mais à quel prix ? " (55)

En 1946, Rémy Roure, éditorialiste du Monde, prend parti pour les colonisateurs, et prévoit que si l'Occident recule, on trouvera " des alluvions de conquérants sur des couches d'esclaves. " (56)

André Siegfried défend en 1943 le canal de Suez qu'il compare lors d'une conférence " aux limes romaines contre les Barbares. " (57)
Les Barbares sont bien sur les Arabes.
En 1948, " après un siècle de colonisation, 15 % des hommes et 6 % des femmes parlent correctement le Français. " (58) Les autres parlent donc un affreux sabir et cela donne l'occasion aux Français de développer une forme de littérature comique. " Et à Alger et à Oran s'ouvre entre les deux guerres des salons dur rire où des acteurs imitent ce langage. Des caricaturistes pieds noirs se taillent un franc succès avec des dessins. À Alger, on édite des cartes postales avec un jeune Arabe hilare présentant ces veux de cette façon : " Porquoi çi la fite di jor di l'an. Ji ti souhati oune boune annie vic la boune santi ! Ti gagny bocoup de l'ardjane port i mangi la couscous vic ton famill...À Tunis le maître incontesté est Edmond Martin qui se produit sous le pseudonyme de Kaddour ben Nitram. " (59) Et les Européens de rire à gorge déployée...

La propagande colonialiste s'étend à la médecine : les colonialistes fustigent ces Arabes syphilitiques. Or ce mal était rare en Algérie : les Algériens l'appelaient le mal de France ".(60)

Côté chansonnette, on est pas en reste non plus. Même Edith Piaf est concernée lorsque dans "Le fanion de la légion", elle qualifie " les Arabes de hyènes ".

Ils ont bien vite oublié que 250 000 Maghrébins étaient à leur côté lors de le Première Guerre Mondiale ?


(52) On retrouve dans Mein Kampf une partie de ses écrits. (53) Ibid. p.82
(54) Ibid. p. 233.
(55) Ibid. p. 178



Le lobby chrétien à l'oeuvre

Il avait commencé très tôt sa tâche.

Déjà en 1816, Châteaubriant se révolte le 9 avril à la Chambre des Pairs contre les pillages barbaresques, qui, comme nous l'avons vu, étaient devenus bien pâles : " C'est en France que fut prêchée la première croisade, c'est en France qu'il faut lever l'étendard de la dernière " (61)

La littérature chrétienne se déchaîne. En 1845, Veuillot écrit : " Les derniers jours de l'islamisme sont venus. Alger dans vingt ans n'aura plus d'autre Dieu que le Christ...Attaqué sur tous les points, le Croissant se brise et s'efface " (62)

À Alger un archevêque de choc M. Lavigerie se lance dans le prosélytisme actif. Pour lui, " il faut cesser de parquer le peuple arabe dans son Coran comme on l'a fait trop longtemps.... " (63). Lors de la grande famine de 1871, " il baptise les enfants algériens orphelins. " (63). Les Musulmans sont choqués, des généraux comme Du Barail protestent : " Avec le fer, on pouvait imposer bien des choses même injustes à l'Arabe, mais il se fera exterminer avant qu'on permette de toucher à sa religion. " (63) Napoléon III finit par intervenir : " Vous avez Monsieur l'Archevêque une grande tâche à accomplir, celle de moraliser les 200 000 colons catholiques qui sont en Algérie. Quant aux Arabes, laissez ce soin au Gouverneur Général. "(64)

Comme toujours, on fait appel à l'Histoire. Et alors saint Augustin, évêque d'Hippone - Annaba aujourd'hui - accourt avec ses pensées sous le bras, talonne de près par Saint-Louis, que les pogroms juifs qu'il a organisés ne gênent aucunement. Ces deux personnages deviennent des héros des livres d'histoire des petits de la très laïque république française. Même après la séparation de l'Église et de l'État de 1905, Saint-Louis " reste le souverain qui vient mourir chez les Infidèles, à Tunis, lors de la dernière croisade, (65) pour racheter leurs péchés. " (66)

Las pour le lobby, tous ces efforts ont peu de résultats. " Les cas de conversion au Christianisme sont infinitésimaux. Plus grave, les conversions à l'Islam se multiplient. " (67)


(56) Le fardeau de l'homme blanc, ouvrage cité, 80.
(57) Ibid. p. 81.
(58) Ibid. p.164 et 165.
(59) Marie Ange Garnier, l'Hôpital Musulman de Bobigny, France-Culture, 15.6.05.
(60) Le fardeau de l'homme blanc, Alain Ruscio, Editions complexe, p. 114.



Le cinéma colonial

Les films du cinéma colonial donnent une idée assez juste de la façon dont les Français considéraient l'Algérie.

Tout commence bien sûr avec Méliès qui filme " L'appel à la prière ". (68)

En 1911, Camille Morlon réalise 9 films en deux mois dont " La fiancée du spahi " et " En allant voir les moukères ".

Des vieux thèmes sont réemployés : " La sultane de l'Amour ", une version plus que contestables des Mille et Une Nuits, " L'Atlantide " de Pierre Benoît, qui n'avait jamais mis les pieds hors de France.

Puis le désert devient le thème favori. " Itto " est le seul film français sur la rébellion, mais il s'agit d'Abd el Krim, dans le Rif marocain. La " Bandera " avec Jean Gabin ne peut pas se passer en Algérie, c'est la Légion étrangère espagnole qui combat contre les Musulmans qu'on ne voit jamais. Dans la réalité, l'aviation française a participé aux côtés des Espagnols au bombardement des insurgés du Rif. Souvent l'ennemi est anobli pour mieux l'escamoter. Lorsque ces films sont vus aujourd'hui par de jeunes Maghrébins, ils provoquent bien sûr un sentiment de malaise. Bientôt le cinéma colonial se heurte au cinéma égyptien, dont la rhétorique est complètement différente.

Le cinéma " indigène " est bien sûr prohibé. Jusqu'en 1954, les écoles de cinéma françaises ne forment aucun Africain ou Indochinois. Ceux qui tentaient de filmer la réalité, comme René Vautier, sont emprisonnés. Ainsi dans " J'ai huit ans ", Vautier filme les témoignages par le dessin d'enfants dont les parents ont été tués par les Français (69).


(62) Ibid. p. 115.
(63) Ibid. p 115.
(64) Ibid. p. 116.
(65) Je me souviens très bien de mes livres d'histoire des années cinquante.
(66) Ibid. p. 118.
(67) Ibid. p. 119.
(68) Voir le film de Moktar Ladjini " Le Maghreb au regard du cinéma français. "
(69) Les petits Tchétchènes font les mêmes dessins aujourd'hui...


Les origines de la guerre d'indépendance

En 1931, Paul Raynaud, ministre des Colonies, déclarait lors de l'inauguration de l'Exposition Coloniale : " La colonisation est le plus haut fait de l'Histoire. ".

Les lois françaises avaient été élaborées pour défendre les intérêts des populations européennes. L'entêtement d'une poignée de colons qui refusaient de partager, la montée du nationalisme arabe et africain et le panarabisme sont les causes de cette guerre d'indépendance.

En 1870, Crémieux réintroduit la représentation algérienne au Parlement qui avait été supprimée par Napoléon III en 1852. La loi Warnier de 1873 interdit l'indivision tribale, ce qui entraîna la vente de milliers d'hectares à bas prix. Le Code de l'Indigénat interdit aux Algériens de se déplacer sans laissez-passer ainsi que les réunions non autorisées. Quant à devenir français, ils leur fallaient renoncer à l'Islam.

Des avancées timides sont faites : en 1919, le gouverneur Charles Jonnart augmente le nombre d'élus algériens dans les conseils municipaux.

En 1899, Bendjelloul et Ferrat Abbas fondent le Mouvement Jeune Algérien pour faire évoluer l'Algérie au sein de la France. À Alger, un congrès demandant le rattachement de l'Algérie à la France a lieu en 1936. Messali Hadj s'y oppose et fonde le Parti du Peuple algérien. Le gouvernement Blum-Violette tenta d'étendre le corps électoral aux Algériens sans contrepartie religieuse.

Lors de l'inauguration de la Grande Mosquée de Paris en, 1926, Louis Massignon déclare " La France, qui a accordé la première le droit de cité à Israël, se doit de prendre le moment venu la même initiative pour l'Islam. "

Sous Vichy, l'État Français cherche à vendre les biens des Juifs raflés en Algérie. Les Arabes refusent, " car ce sont nos frères. "

En 1943, Ferrat Abbas, déçu par l'échec de la politique d'assimilation, fonde l'Union démocratique du Manifeste Algérien. Ce mouvement lui échappe, il est récupéré par Messali Hadj qui organise les émeutes de Sétif et de Guelma où des Européens sont tués. La répression violente fait 35 000 morts musulmans. Le mouvement de Messali Hadj se divise et le Front de Libération Nationale apparaît. La même année, de Gaulle avait accordé aux Arabes la nationalité et les droits français.

À la libération, les Algériens, Européens comme Musulmans, veulent fêter la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Et le 8 mai 1945, toutes les villes d'Algérie se préparent aux défilés.

À Sétif, petite bourgade du Constantinois, les militants du FLN confectionnent banderoles et drapeaux algériens qui se retrouvent au milieu des huit mille participants au défilé.
" À hauteur du café de France, un commissaire de la PJ ordonne le retrait des drapeaux algériens. Des coups de feu partent du café, les manifestants se dispersent et reviennent avec des armes. (70) Et c'est la révolte puis la répression.

Le registre de l'hôpital dénombre 20 morts européens et 20 musulmans. Les Européens s'organisent en milices armées et pourchassent l'Arabe sur les marchés, dans les campagnes. La révolte enflamme tout le Constantinois. Les Musulmans incendient les bâtiments officiels, les font sauter. Le receveur de la Poste de Torcy est massacré, sa femme violée devant ses enfants.

L'armée était en manœuvre à 60 km, le général Henry Martin avait un plan en cas d'émeute. Etienne Sallalier, futur journaliste du Monde , était alors sous officier. " L'armée était là pour venger les morts français, y compris sur les enfants. Il fallait trouver des armes ; ceux qui en possédaient étaient molestés, leurs maisons incendiées. "

Treize ouvriers agricoles sont fusillés pour défaut de papiers. Plusieurs dizaines de milliers de Musulmans furent victimes de cette répression. Un journaliste US annonce 35 000 victimes. Suivent les opérations de police, les dénonciations, les tortures. Plusieurs dizaines de milliers de Musulmans sont internées, beaucoup n'en ressortiront pas, comme témoigne Saadi Bouraz qui, lui, a pu en sortir.

Albert Camus, dans Combat, fait une analyse juste. Mais pour de Gaulle, il fallait rendre à la France son empire de 1939.

Pour les supplétifs des régiments de tirailleurs algériens qui reviennent dans le Constantinois, c'est d'abord la surprise, puis le désespoir.

Lounès Hanouze est un de ceux qui a laissé 30 000 de ses frères dans la tuerie européenne. Au lieu de la liesse européenne, il trouve un village en pleurs et plus de famille !
Après enquête, il apprend qu'elle a été précipitée du haut des gorges de Kératha. Sur le rocher, un bas-relief avec la flamme des légionnaires et une date, 1945 témoigne de l'action héroïque...

Le 22 mai, 22 000 Arabes sont rassemblés en bord de mer pour la " reddition ". Quatre cents sont arrêtés. Ils disparaîtront définitivement.

La Commission Berger est chargée d'enquêter. Un milicien reconnaît " être parti à la chasse et avoir tué 83 merles. "

C'est alors que la France, magnanime, accorde son pardon !

En 1947, un statut d'égalité entre Européens et Algériens est adopté avec deux assemblée : une assemblée française de 60 membres et une assemblée musulmane de 60 membres. Notons au passage que la voix d'un Français valait les voies de dix Algériens. Mais les élections de 1948 sont ignominieusement truquées : bourrage des urnes, arrestation des assesseurs " suspects ", quadrillage des douars par l'Armée.

Pour les Européens, cette tentative d'égalité est scandaleuse ! Pour le grand colonat, l'amélioration du statut des Musulmans se retournerait contre eux.

Les Français d'Algérie avaient mis en valeur le pays et se méfiaient des réformes venant de Paris. Ils exerçaient des pressions pour en limiter les effets. L'Assemblé Algérienne comptait autant de Français que d'Algériens.

En 1954, soixante attentats sont commis en Kabylie. Les émeutes du Constantinois d'août 1955 tuent des Français. La population française aidée de l'armée massacre 12 000 Musulmans.

Pendant ce temps la presse de droite se déchaîne. L'Aurore écrit : " L'Arabe est très exactement le voleur qui attend au coin de la rue le passant attardé, le matraque et lui vole sa montre. "

Edgar Faure décide l'envoi du contingent, ce qui porte les effectifs français à 400 000 hommes. Les Harkis apportent une aide plus que précieuse avec leur connaissance du terrain. Les militaires arraisonnent l'avion du chef FLN Ben Bella en même temps que Khidder, Boudiaf et Aït Ahmed.

Au début, les souvenirs de la Résistance motivent les appelés, ils font la fête avant de partir " manger du bougnoul. " (71) pour ce que le gouvernement qualifie d'" opération de police ". En fait, service militaire passe de 18 à 30 mois.(71)

Bernard Sigg, psychiatre, raconte que les déserteurs, du moins ceux revenus en France après un séjour à l'étranger, furent torturés par les légionnaires.

Dans ce documentaire, Noël Favrelière raconte sa désertion avec son arme et le fellagha blessé au pied qu'il devait exécuter lors d'une " corvée de bois ". Le fellagha détale et s'arrête cent mètres plus loin, étonné d'être encore vivant. Il lit la terreur au fond des yeux de l'Arabe et Noël lui donne son fusil. Ils passent ensemble en Tunisie.

Avant sa désertion, Noël a vu un officier demander au tireur d'élite de la compagnie de tirer sur un enfant caché derrière un buisson. L'enfant était une fillette. Le tireur d'élite a fini dans un asile... " Comment raconter cela à mes parents ? ".

Les Arabes étaient souvent exécutés au couteau par les légionnaires pour imputer le crime au FLN. Jean Lemeur, médecin, dénonce le comportement de la France, en complet décalage avec le Déclaration des Droits de l'Homme de 1789.

Mais les Arabes sont-ils des hommes ?

Des médecins étaient chargés de surveiller les séances de torture pour éviter que le fellagha succombe à celles ci. Pierre Mendès France a dit " qu'en Algérie, la France est en train de devenir fasciste." Certes, 80% des légionnaires étaient Allemands... Plus grave, l'armée fait l'amalgame entre Islam et communisme. Et puis elle est là pour défendre les " valeurs " chrétiennes. Jolies valeurs en effet, quoique la gauche chrétienne fut la plus constante dans le défense des insoumis.

Alors, les manifestions en métropole débutent, la CGT bloque les trains d'appelés. Beaucoup fuyaient vers l'étranger. Mais le PC n'a jamais appelé à la désertion...
Épilogue provisoire: en 1984, Noël Favrelière reçoit la médaille d'Ancien Combattant !


(70) " Les massacres de Sétif ", Alexandre Adler, ARTE.
(71) Documentaire " Monsieur le président je vous fais une lettre. " ARTE/RTB.



L'internationalisation du conflit.


En voulant atteindre les bases du FLN en Tunisie, l'aviation française bombarde, le 18 février 1956, le village tunisien de Sakkiet Sidi Youssef, faisant plusieurs dizaines de morts civils. L'ONU et tous les états de la planète condamnent la France, alors que militairement le FLN est exsangue.

La population européenne d'Alger se soulève contre la métropole. Le 13 mai 1958, les généraux Salan et Massu créent un Comité de Salut Public. Léon Delbecque et le général Massu reconnaissent qu'un plan d'intervention des paras sur Paris, baptisé " Résurrection ", avait été conçu par le général Ducasse. Des avions militaires et civils auraient assuré le transport. Mendès France était opposé au retour de Gaulle, c'est Guy Mollet qui insiste pour son retour auprès du Président de la République.

Le président René Coty fait donc appel au général de Gaulle. La nouvelle est accueillie avec joie à Alger. De Gaulle se rend en Algérie où il est ovationné. Il obtient les pleins pouvoirs pour six mois et la révision de la Constitution. Les militaires rentrent dans les rangs.

Dans un premier temps, de Gaulle ne voulait pas entendre parler d'indépendance. Les Pieds Noirs croyaient l'avoir convaincu. Pourtant au cours de ses quatre voyages, il ne prononça " Algérie française " qu'une seule fois. Il pensait vaincre militairement le FLN et l'isoler politiquement. Il lance le plan de Constantine qui prévoit la distribution de 250 000 hectares aux fellahs. Le plan est rejeté par le FLN qui créé le Gouvernement Provisoire de la République Algérienne (GPRA).

De Gaulle voulait rendre les Algériens égaux aux Français, et sa nouvelle constitution déclencha une violente manifestation du PC. Avec 85 % de participants, le oui remporta 80 % des voix en métropole et 97 % en Algérie !

Sur le terrain, les légionnaires avaient l'expérience de l'Indochine où ils avaient appris la guerre révolutionnaire. Le contingent était affecté aux opérations de garde. Mais la guerre de surface a peu d'importance par rapport à la guerre psychologique.

L'Armée française a ainsi acquis un redoutable savoir-faire dans ce domaine, et il ne fut pas perdu pour tout le monde : les dictatures d'Amérique Latines, mais aussi ...la CIA et le MOSSAD !

Dans un remarquable documentaire assorti d'un livre, " Les escadrons de la mort, l'école française ", Marie Dominique Robin (72) décrit comment l'École Militaire accueillit, en pleine guerre d'Algérie, plusieurs officiers généraux sud américains pour les former à la " chose ".

Leur bible fut " La guerre Moderne " du colonel Trinquier, qui fut utilisé par la CIA, le MOSSAD et les tortionnaires de l'Amérique du Sud.

Les mois de formation " théorique " étaient suivis d'un mois de " travaux pratiques " sur place, en pleine guerre d'Algérie. Puis il revenaient dans leur pays d'origine pour diffuser " la bonne parole " à d'autres officiers. On connaît la suite, les disparus de l'École de Mécanique de la Marine de Buenos Aères, les corps précipités en mer d'hélicoptères...Ces missions sud américaines permirent accessoirement de débarrasser le territoire national de certains brillants représentants de l'OAS et/ou légionnaires putschistes...

Marie Dominique a filmé plusieurs interview d'anciens officiers du Chili, d'Argentine, du Paraguay.., du moins ceux qui ont accepté de la recevoir. On peut lui reprocher que certaines séquences on été prises en caméra cachée.

Quel intérêt à ce genre de révélation ?

En France, pratiquement nul, en dehors de montrer la cérémonie annuelle de Théoule sur Mer, rassemblant les nostalgiques de l'Algérie française, avec drapeaux, uniformes, fanfares, médailles, le tout au pied...d'une reproduction de la statue de Notre Dame d'Alger...

Ah si ! Marie Dominique reçut des menaces de mort qui cessèrent bien vite après un dépôt de plainte.

Mais en Amérique du sud, énorme.

Ces interviews filmées permirent enfin aux familles des disparus d'intenter sérieusement des procès aux officiers tortionnaires.

Plus, la loi d'amnistie en Argentine fut abolie en 2003 pour anticonstitutionnalité.

Les fermes des colons sont brûlées et pillées (73). Mais sur le terrain, les hélicoptères américains font merveille. Grâce aux unités musulmanes, les Français améliorent leurs performances.

La guerre devient de plus en plus difficile pour le FLN qui manque cruellement d'hommes et de matériel. Un puissant réseau de barbelés électrifiés, sous 5000 volts, la ligne " Morice ", les coupe de la Tunisie. Le FLN y perdit 6 000 hommes. Un journaliste américain a écrit que la moitié de la Tunisie était occupée par l'armée algérienne. A l'intérieur, les moudjahiddins se battaient à un contre vingt. Les soins étaient sommaires.

Pour couronner le tout, les Français exploitaient les rivalités au sein du FLN : il y a eu plus de morts dans les rangs du FLN dus aux luttes intestines qu'aux balles françaises. Les maquis se liquidaient les uns les autres.

Enfin l'aide financières des pays socialistes fut mineure, seul compta leur appui politique.

Coté contingent, les rapports sont plus faciles avec les Musulmans qu'avec les Pieds noirs qui les méprisent. Ces derniers n'admirent que les légionnaires. Pour Alain Fessonnière, appelé, il découvre dans le Sud algérien " le Moyen Age " (Documentaire " L'ennemi intime ", de Patrick Rothman, FR3). Les trois quarts des fellahs ne sont pas touchés par la mission civilisatrice de la France et un petit Arabe sur six fréquente l'école primaire. Rachid Abdeli est un de ces enfants, son père est un héros de la première guerre mondiale et garde champêtre. " Pour me rendre à l'école, je devais franchir un col. Deux fois cinq heures de marche par jour. "

Dans le même documentaire, le capitaine Fèvre, Saint Cyrien, assiste à l'exécution sommaire de 24 paysans par les parachutistes du III° RPC de Bigeard. Les FLN tombent plus tard sur sa compagnie et tuent 19 appelés. Pour lui, " les chants de victoire des légionnaires, c'était du pipeau. "

Et effectivement, photos à l'appui, Paris Match montre comment " Bigeard frappe comme la foudre ".

Lors des émeutes de Philippeville (Skikda aujourd'hui), les Musulmans se ruent sur l'un des immeubles où vivent beaucoup de Français. Un Pied Noir témoigne, dans ce documentaire, que ses voisins Musulmans ne l'ont pas dénoncé. Et quand les Français reprennent en mains la situation, les musulmans mâles sont arrêtés. Le Pied Noir reçoit la visite de quatre épouses qui le prient d'intervenir.

Il se rend au stade, retrouve ses voisins et réussit à les faire libérer. Quelques jours plus tard, il découvre dans les journaux les photos d'exécutions où il reconnaîtra le stade en question...

Les légionnaires, qui méprisent à leur tour les Pieds Noirs, se voient comme défenseurs de la civilisation occidentale chrétienne menacée par le communisme international.

Cependant de plus en plus de Harkis désertaient avec leurs armes.

En 1956, l'expédition de Suez contre l'Égypte fut sans lendemain, sauf qu'une fois de plus les paras se sentirent trahis par les politiciens. Massu et ses quatre régiments de parachutistes sont envoyés pour quadriller Alger lors de la " bataille d'Alger ". Au cours de celle-ci, 40 % de musulmans mâles furent un moment ou un autre envoyés en prison. Les paras cassent la grève du FLN du 25 janvier 1957.

Pourtant les attentats FLN font autant de victimes algériennes que françaises, notamment celui du casino de la corniche. Leur chef à Alger, Youssef Saadi, a utilisé des gangsters arabes. 24 000 Arabes furent arrêtés, 4000 disparurent. La mer et les oueds les restituèrent...

Le journaliste communiste Henry Halley entra dans la clandestinité. Il est arrêté en avril 1957. Torturé à l'électricité par les paras avec la fameuse " gégène ", il confesse avoir voulu mourir plutôt que de continuer à souffrir. " Dans la bouche, l'électricité aboutit à la tétanisation de la mâchoire...Il y avait à Alger une école des interrogatoires " renforcés " " (74)...


(72) Editions La découverte
(73) En 1954, il y avait 18 000 fermes en Algérie.
(74) La Guerre d'Algérie de Peter Batty, de la RTB diffusé par ARTE.



Vers l'indépendance

En 1959, De Gaulle se prononce pour l'autodétermination, provoquant la colère des colons. En juin 1960, des pourparlers avec le GPRA débutent à Melun. En décembre, les Musulmans défilent dans Alger avec des drapeaux algériens. La police fait douze morts. De Gaulle devient de plus en plus sourd aux demandes des Pieds Noirs.

Le 8 janvier 1961, 75 % des Français se prononcent par référendum pour l'indépendance algérienne.

Les premières grèves pieds noirs apparurent, des barricades s'élevèrent. Des forces paramilitaires en chemises brunes (75) reproduisaient les rites de l'Armée avec levé des couleurs. Elles voulaient suspendre le processus d'autodétermination. Pour la presse, ce fut un vaste " pique nique ", mais le 24 janvier 1961, 14 gendarmes furent abattus. Les officiers étaient de mèches avec les Pieds Noirs. Au bout de six jours de révolte, de Gaulle annonce que les Algériens disposeront d'eux-même. La révolte se désintégra lorsque les renforts de l'armée arrivèrent. Les Musulmans regardaient narquois. Les barricades furent démantelées et Pierre Lagaillarde fut interné avec quelques chefs. Les milices furent reconverties en légionnaires.

Entre temps, du pétrole avait été découvert dans le Sahara et Kroutchev avait été reçu à Paris, au grand dam des Américains. A Londres, de Gaulle circule en carrosse tiré par six chevaux, àcôté de la reine d'Angleterre. Splendide revanche pour ce général qui avait vécu quatre années d'humiliations londoniennes.

Challe est rappelé avant que le FLN ne soit chassé d'Algérie et de Gaulle demanda, à ce dernier, d'ouvrir les négociations. Ferrat Abbas vient à Paris. A Alger, les Pieds Noirs se lancent dans la violence. Les négociations sont interrompues. De Gaulle avait acquis un charisme exceptionnel en Syrie et au Liban et plus tard chez les Musulmans d'Algérie. Quatre attentats pieds noirs accompagnent sa dernière visite en Algérie. Les chars repoussent les manifestants dont la rage dure trois jours.

De la Kasbah, sortirent des centaines de drapeaux algériens.

Le référendum sur l'autodétermination donna la victoire à de Gaulle. En Algérie, 69 % votèrent pour. Le 21 avril 1961, les généraux en retraite Chasles, Jouhaud, Zeller et Massu déclenchent un putsch, appuyé par le Régiment Étranger de Parachutiste, aux notes de la fameuse chanson d'Edith Piaf " Non, rien de rien... ". Les succès de l'armée, dus aux Harkis, renforçaient les officiers dans leur désir de ne pas abandonner ceux-ci, comme ils avaient abandonné les régiments vietnamiens supplétifs après Dien Bien Phu.

Le discours de de Gaulle " Français, aidez-moi ! " déclencha des attentats dans la métropole. Les chars sillonnaient Paris. La gauche réclamait des armes. Les vols vers l'Algérie furent suspendus. Mais les hommes du contingent ne suivirent pas les putschistes, ils avaient entendu l'appel de Gaulle avec leurs postes à transistors.

Challe se rend, les autres généraux disparaissent et les paras sont dispersés dans l'Algérie. Cinq généraux et deux cents officiers comparurent en cours martiale.

Les partisans de l'Algérie française fondent alors l'OAS. Ils reprochent à de Gaulle ses négociations avec le FLN. Elle compte dans ses rangs beaucoup d'officiers paras du putsch qui avaient échappé à la justice et qui travaillaient dans les hôpitaux, prison, banques, garages (76)...

Le FLN manifeste dans les cités des grandes villes avec des drapeaux algériens. Les soldats les arrachent.

Le 18 octobre 1961, alors que les négociations étaient interrompues, le FLN organise une manifestation pacifique à Paris, contre le couvre feu imposé par les Français. Le préfet Papon fait charger la police et il y eut 200 à 300 morts algériens.


(75) Comme les sinistres Chemises Brunes du parti national socialiste allemand des années trente.
(76) Dans le documentaire de Peter Batty, on voit un médecin affilié à l'OAS soigner dans son hôpital une des victimes de l'attentat qu'il vient d'organiser...



Le 1er novembre 1961, anniversaire du début de la guerre, un immeuble arabe est mitraillé à Alger après qu'un lieutenant ait été blessé.

L'OAS multiplie les attentats pour saboter les négociations et dresser les deux populations l'une contre l'autre. Du 6 mars 1961 à juin 62, l'OAS perpétra six fois plus d'attentats que le FLN en six ans.

Lors des négociations des Rousses, début mars 1962, la France abandonne le Sahara et accorde l'indépendance pleine et entière. Alors l'OAS décrète la grève générale et l'Armée Française comme nouvel ennemi. Le quartier européen de Bab el Oued est quadrillé par l'armée. L'OAS organise le ravitaillement des 60 000 européens. Vingt mille hommes furent envoyés pour prendre le quartier d'assaut. Durant les trois jours de combat, il y eut 15 soldats et 25 européens tués. Des Harkis participants aux quadrillages, attaqués par l'OAS, ripostent avec violence : 46 morts et 200 blessés.

Le 18 mars 1962, le FLN signe les accords et le 3 juillet l'Algérie est indépendante.

Les accords d'Evian prévoyaient le maintien des Français en Algérie. Mais ils avaient peur des représailles, mais, surtout, l'OAS avait dressé les deux communautés l'une contre l'autre. Aussi les Pieds Noirs embarquent en masse vers la métropole. L'OAS porte une lourde responsabilité dans le départ des Pieds Noirs.

Après 132 ans, plusieurs centaines de milliers de " petits blancs " fuient la terre qu'ils avaient tant aimée. Bab el Oued se vide et la population européenne de l'Algérie passe d'un million à 30 000.

Quand aux 250 000 Harkis, qui avaient fait le choix de la France, seuls 100 000 purent embarquer. A Philippeville, le FLN exigea des officiers français leur débarquement du cargo où ils avaient pris place. Malgré les accords d'Evian, la mort les attendait...



Le bilan de cette guerre ? 15 000 soldats et civils européens, et 200 000 Algériens. Le FLN avance un million, mais le chiffre n'est pas crédible.

L'erreur fatale ?

Pendant dans cent vingt ans, tous les gouvernements français avaient dit et redit au Pieds Noirs que cette terre était française...



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Téméraire V4.3 a dit…

@ouhayed loubya :
* Dans un ouvrage publié en 1826 par l'ex-consul des états unis , William Shaler, le trésor du dey a été estimé à 250 Millions de Francs, thése soutenue et DEMONTREE par Amar Hamdani dans son livre qui traite des raisons réelles de la conquête de l'Algérie : "La vérité sur l'Expédition d'Alger" - édition balland, Paris 1985

* Un second livre du Tunisien Mahmoud Bouali: "Le temps de la non révolte", détaille l'épisode de la tentative de conquête de l'afrique du nord par les Egyptiens.

* Bourmont à fait bruker Tous les archives du dey afin d'éviter de tracer la valeur du trésor.

* Le prince-président Napoléan III réouvrit le dossier en 1852 et demande une enquête judiciaire, résultat: Il y a eu pour 100 millions de Francs détournés au profit de Charles X

* Merci pour ce résumé sur l'histoire de l'Algérie

ouhayed loubya a dit…

Je vois que tu es très bien informé. Tu comprendras que mon but c'est de permettre à certaine personne de faire des parralèles entre ce qui se passe aujourd'hui et ce qui s'est passé dans notre histoire . En ce qui me concerne, je ne fais aucune analyse sans chercher une comparaison avec l'histoire car comme cela à déjà été dit "l'histoire est un éternel
recommencement" .

Quelques extraits pour ceux qui n'ont pas la patience de tout lire :


- "On peut toutefois se demander omment les deys avaient pu accumuler une telle fortune en cachette de La Sublime Porte qui en avait tellement besoin ! Le dey n'était en fait tenu d'envoyer à Istanbul chaque année que des cadeaux. En retour il recevait du sultan des " bontés ".

Historiquement il y avait déjà eu une tentative de colonisation : notre consul à Alexandrie, Drouetti, dans l'Égypte en plein nahab (15) de Mehmet Ali, avait proposé à Polignac, Premier ministre de Charles X, de confier au pacha d'Égypte le soin de conquérir l'Algérie pour le compte de la France. Bourmont ainsi que le pacha refusèrent.

Concernant cette expédition, la France était partagée en deux :
Charles X était pour : le trésor de la Régence d'Alger renflouera celui du Roy et paiera l'expédition qui détournerait la population des soucis intérieurs (16). Les militaires et les hommes d'affaires étaient pour. À ces derniers, le gouvernement de Polignac avait fait miroiter une exploitation prometteuse de ce riche pays (17). Tous les gouvernements européens, sauf la Grande-Bretagne naturellement, encourageaient la France dans cette aventure.
Mais la majorité des Français étaient contre. Dix ans de guerres républicaines, plus quinze années de campagnes napoléoniennes, oh combien meurtrières, avaient largement suffit. Seule la ville de Marseille était pour ! (18)

Le 2 mars 1830, Charles X annonce dans la salle des Gardes du Louvre, devant les pairs et les députés (19) : " Je ne peux laisser plus longtemps l'insulte faite à mon pavillon ; la réparation éclatante, je veux obtenir, en satisfaisant à l'honneur de la France, tournera, avec l'aide du tout puissant, au profit de la Chrétienté. " (20)

Les députés accueillent froidement l'annonce. Mais après un débat houleux, l'expédition est votée avec 221 voix contre 181.

Le général Bourmont (21) est chargé de la préparation de l'expédition qui commence à enflammer l'armée. Il établit un ordre du jour éloquent à l'intention de ses troupes : " ...Trop longtemps opprimé par une milice avide et cruelle, l'Arabe verra en nous des libérateurs. Il implorera notre alliance. Rassuré par votre bonne foi, il apportera dans nos camps les produits de son sol. " (22"




-"Le général de Saint Arnaud laisse dans une de ces lettres les méthodes qu'il a employées en Petite Kabylie (46) : " J'ai laissé sur mon passage un vaste incendie. Tous les villages, soit environ deux cents, ont été brûlés, tous les jardins saccagés, les oliviers coupés... L'ennemi a perdu beaucoup de monde, et nos soldats ont fait un immense butin. Cette nuit les Kabyles furieux sont venus tirer sur mon camp une centaine de coups de fusil. Nous leur avons fait bien du mal, brûlés plus de cent maisons couvertes en tuile, coupés mille oliviers. Les insensés ! Et ils se soumettent après !... Nous avons jeté les Kabyles dans des ravins, on leur a tué plus de deux cents hommes, brûlés de superbes villages, et maintenant on coupe leurs oliviers... "




"Le général Lacretelle " remonte dans le passé et voit que l'œuvre accomplie par la France n'est que la continuation d'un fait immense : le refoulement de l'islamisme par le christianisme autrefois menacé et maintenant vainqueur. " (47)

Pour Hain, l'Arabe est une " hyène ou une bête féroce qu'il faut refouler toujours plus loin dans les sables du Sahara " (48)"





-"Déjà en 1816, Châteaubriant se révolte le 9 avril à la Chambre des Pairs contre les pillages barbaresques, qui, comme nous l'avons vu, étaient devenus bien pâles : " C'est en France que fut prêchée la première croisade, c'est en France qu'il faut lever l'étendard de la dernière " (61)


La littérature chrétienne se déchaîne. En 1845, Veuillot écrit : " Les derniers jours de l'islamisme sont venus. Alger dans vingt ans n'aura plus d'autre Dieu que le Christ...Attaqué sur tous les points, le Croissant se brise et s'efface " (62)


À Alger un archevêque de choc M. Lavigerie se lance dans le prosélytisme actif. Pour lui, " il faut cesser de parquer le peuple arabe dans son Coran comme on l'a fait trop longtemps.... " (63). Lors de la grande famine de 1871, " il baptise les enfants algériens orphelins. " (63). Les Musulmans sont choqués, des généraux comme Du Barail protestent : " Avec le fer, on pouvait imposer bien des choses même injustes à l'Arabe, mais il se fera exterminer avant qu'on permette de toucher à sa religion. " (63) Napoléon III finit par intervenir : " Vous avez Monsieur l'Archevêque une grande tâche à accomplir, celle de moraliser les 200 000 colons catholiques qui sont en Algérie. Quant aux Arabes, laissez ce soin au Gouverneur Général. "(64)

Comme toujours, on fait appel à l'Histoire. Et alors saint Augustin, évêque d'Hippone - Annaba aujourd'hui - accourt avec ses pensées sous le bras, talonne de près par Saint-Louis, que les pogroms juifs qu'il a organisés ne gênent aucunement. Ces deux personnages deviennent des héros des livres d'histoire des petits de la très laïque république française. Même après la séparation de l'Église et de l'État de 1905, Saint-Louis " reste le souverain qui vient mourir chez les Infidèles, à Tunis, lors de la dernière croisade, (65) pour racheter leurs péchés. " (66)

Las pour le lobby, tous ces efforts ont peu de résultats. " Les cas de conversion au Christianisme sont infinitésimaux. Plus grave, les conversions à l'Islam se multiplient. " (67)"



C'est incroyable, on a l'impression de retrouver dans ce texte bush rumsfel dick cheney et les néos cons . Les intérêts financiers, le côté religieux, le prétexte et l'engraissement des instigateurs . Sans oublier l'idée de libérer un peuple (le peuple arabe du "joug turque") . Le pire, c'est que le scénario va se reproduire avec laurence d'arabie qui va se servir des arabes pour lutter contre les turques ce qui conduira à l'occupation du proche-orient par l'angleterre et la france . On retrouve aussi des djihadistes du maghreb et du hedjazz dans la campagne d'egypte de napoléon . Je me demandes comment qu'ils étaient traités chez eux à cette époque, terroristes ou pas ?
J'éspère que certaine personne comprendront pourquoi, ils faut êtres très attentifs à ce qui se passe au proche-orient .

Anonyme a dit…

Bonjour,
j'ai pu trouver des informations intéressantes sur votre blog (et sur les autres aussi) et je voudrai savoir si, en étalant l'histoire de la Tunisie, vous poussédez quelques documents ou informations se rapportant au Sud Est Tunisien. Je vous remercie davance (vous ou toute autre personne qui liras ce com.) pour votre entraide. Et je me permets d'indiquer mon adresse mail pour d'éventuels contacts ou adresses utiles: sarrablh@hotmail.fr