mardi 5 décembre 2006

01- LELLA MANOUBIA - Extrait de :"Histoires Tunisiennes" Jules Affoux édité en 1887.

Oyez, mécréants et infidèles, oyez gens sans foi, oyez les mésaventures advenues à un de vos pareils pour avoir préféré les joies présentes de la terre aux jouissances futures du paradis. Et puisse-t-il vous en échoir autant, toutes et quintes fois vous chercherez par persiflages, railleries, raisonnements subtils et pervers à détourner vos femmes — les pauvres petites chattes — de leurs devoirs religieux ou du besoin d’aller montrer une toilette fraîche à la messe courue. Lella Manoubia descendait de Mahomet par les femmes; sa famille avait droit à la couleur verte du prophète et ne se faisait pas faute d’en user. Lella Manoubia n’en tirait pas vanité. Elle avait poussé, sérieuse et sage, sans un seul jour d’indisposition dans son existence.
A treize ans, elle se trouvait la plus jolie créature du monde. Avec de pareils êtres toutes les folies s’expliquent, les aplatissements de l’homme devant la chair sont permis et ce n’est pas trop cher que de payer de sa vie une nuit d’amour.Le jeune homme qui connut ainsi Cléopâtre fut heureux. II s’endormit dans un beau rêve: il se leva de table après un bon morceau. Admit â boire une fois le nectar des dieux, on doit après briser sa coupe si l’on ne veut s’abreuver d’amertume le restant de ses jours.
La merveilleuse Lella Manoubia n’avait aucune idée des perfections qu’elle possédait. Bien plus, à l’âge où l’on peut s’en apercevoir, rien ne vint l’éclairer et l’imprudente jeune fille fit vœu de chasteté, promettant à Mahomet, son aïeul, de vivre et de mourir vierge.
Elle voulut réserver pour les élus du septième ciel les caresses de ses yeux en velours d’Utrecht, ses joues dorées et odorantes comme une mandarine, la suavité de sa gorge de jeune femme, la rondeur de ses bras, les enlacements exquis de ses membres et la fraîcheur glacée de sa peau dont le contact devait renouveler le miracle d’Antée.
A cette époque, ses parents, dans un but intéressé, répandirent le bruit de sa beauté. Un très riche cadi, excité par toutes ces louanges, offrit une somme fabuleuse.

L père sourit et s’arrangea de façon à fui laisser apercevoir Lella Manoubia la durée d’un éclair. Le cadi, émerveillé, resta muet un instant, puis doubla la somme offerte. Le marché fut conclu.
En vain, Lella Manoubia pleura toutes les larmes de son corps, rappelant le vœu fait à Mahomet. Le père resta inflexible: il fallut obéir. Cependant, Mahomet n’abandonna pas la vierge; il envoya des avertissements terribles au cadi.
D’abord, une de ses femmes, jalouse, tenta de l’empoisonner. Mais le vieux rusé se douta de quelque chose au goût particulier de son café. Il tendit la tasse à la coupable qui but bravement le contenu et mourut de même. Un autre jour, comme il faisait hypocritement sa prière sur la terrasse de sa maison, un croissant gigantesque lui apparut au milieu du ciel. C’était un croissant sanglant qui, par trois fois, abaissa ses pointes vers la terre comme des pointes décidées à saisir la tête du cadi, puis disparut du côté de l’Orient. Ce phénomène aurait dû l’arrêter. Mais il avait au fond de son œil la vision de Lella Manoubia.
Et le mariage s’accomplit. Les parents, les amis s’assemblèrent et, au milieu de la fête, le cadi rajeuni se caressait la barbe avec des airs de jeune homme.
Lella Manoubia, la vierge dorée, la perle de topaze, avait disparu. Des matrones, agitant au-dessus de leurs fronts le linge blanc, l’avalent conduite dans la chambre où le grand lit attendait.
Puis, on prévint le cadi; il s’éloigna aussi, des rires l’accompagnèrent: « Et le cierge, le cierge » Lui cria-t-on. Le cadi revint: « c’est vrai, je l’oubliais », dit-il.
Un parent lui tendit un magnifique cierge. Le cadi avait le droit de rester absent le temps que celui-ci mettrait à brûler. Heureusement, ce cierge était à trois branches et-le cadi n’en alluma qu’une à la fois.
Lella Manoubia dormait, une main sur son cœur et l’autre sous sa tête. Le cadi se coucha à côté d’elle, l’appelant « petite fleur de son jardin, rose de son rosier. » Lella Manoubia dormait toujours. « Oh ! la belle épousée qui dort si bien un jour de noces », continua le cadi, et il lui baisa la bouche, buvant un peu de sa respiration. L’haleine de Lella Manoubia l’engourdit. Il se laissa aller sur le flanc, ferma les yeux et s’assoupit. Il fit un mauvais rêve et s’éveilla. La première branche du cierge était consumée. Il se leva pour allumer la seconde. La fête continuait dans la maison, le bruit affaibli lui en arrivait. « Par Allah! » murmura-t-il, il serait, je crois, temps de commencer.

Il revint au lit. Lella Manoubia ouvrit les yeux et la bouche dans un sourire de bébé adorable. « Oh! ma sœur », lui dit-elle, situ savais l’affreux cauchemar que je viens de faire. « Ma sœur!.. », pensa le cadi, quelle est cette drôle de plaisanterie? « Je rêvais », continua Lella Manoubia, « que malgré mes larmes on m’unissait au cadi; la cérémonie terminée, on m’avait emmenée dans son lit. Il venait m’y trouver, lorsque je me suis réveillée et je t’ai vue à mes côtés ». « Mais je ne suis pas ta sœur! » cria le cadi effrayé. « Oh! Je ne rêve plus », répliqua Lella Manoubia, et, lui jetant ses bras au cou, elle se mit à lui prodiguer des caresses fraternelles.

Le cadi sentit des torrents de lave lui couler dans les veines. Il se souleva sur un coude et poussa un rugissement en apercevant des seins de femme plantés sur sa poitrine.
Il saisit follement Lella Manoubia, la meurtrit dans ses bras; mais il n’avait plus de l’homme que les ardeurs et les envies, les angoisses douloureuses et terribles d’une impuissance insurmontable. Les matrones impatientes arrivèrent et le trouvèrent dans un état lamentable. La seconde branche du cierge avait fini de brûler depuis longtemps. Le cadi ne voulut pas user la dernière.
Reconnaissant enfin qu’il se heurtait contre une manifestation dé la volonté divine, il se soumit, rendit la vierge imprenable à la liberté et à sa famille, et recouvra aussitôt son sexe.
Cette aventure ébruitée fut la sauvegarde de Lella Manoubia. Jamais plus personne ne tenta de lui faire violer son vœu. Elle vécut comme une sainte, fit plusieurs miracles et, après sa mort, sa mémoire est restée vénérée.
Si vous doutez de cette histoire, allez à Tunis; non-seulement ou vous confirmera la véracité de ce récit; mais, de plus, on vous montrera une Kouba unie par un mur crénelé, (sur le parcours duquel se trouve le bordj Ahmed Rais), à la zaouïa du marabout Si Bel-Hassen-Echchadeli. C’est dans la Kouba que se trouve le tombeau de Lella Manoubia.
La sainte de l’Islam jouit d’une réputation que rien encore n’est venu ternir. Respectez là !

7 commentaires:

islam_ayeh a dit…

N'importe koi !!!!!!

D'où est ce que t'as sorti ce déluge de conneries ?

D'abord le prophète Mahomet n'a jamais été un Dieu!

de Deux, il n'y a pas de voeux de chasteté en Islam! La prophète a même dit que celui qui ne veut pas se marier renie à sa "sonna"

De trois le terme de prière hypocrite est très déplacé ; quant à l'histoire du croissant sanglant, c'est un cliché digne d'un film d'horreur à deux balles...

Je crois que ce récit est un mélange de "khrafet" populaires mijotés avec l'imaginaire d'un colon français qui a entendu bcp d'histoire au sujet de "Lella Manoubeya"

In fine, sache que "lella mannoubeya" était une vraie savante en religion. Elle était une des disciples de sidi bel la7ssan el chedhli!!!

Dommage, car quand j'ai découvert ce blog en lisant les 2 notes qui ont suivi cette "connerie"..

Bref, 9is 9bal ma etghiss we vérifie tes sources!

Téméraire V4.3 a dit…

@islam_ayeh: Merci pour ton commentaire, si tu connais la vraie histoire de Lella Manoubia, merci de nous faire part pour qu'on puisse la publier, parcequ'il existe une miltitude de versions.

* "D'abord le prophète Mahomet n'a jamais été un Dieu!" : Pouvez-vous m'indiquer dans quel passage il a été question que Mahomet est Dieu.

* "de Deux, il n'y a pas de voeux de chasteté en Islam! La prophète a même dit que celui qui ne veut pas se marier renie à sa "sonna"": Pourquoi alors lella manoubia ne s'est-elle jamais mariée ?

*"le terme de prière hypocrite est très déplacé" : Désolé il ya beacoup de gens qui font leur priére hypocritement, ça été même dit dans le Coran " Al mora'ine".

*"quant à l'histoire du croissant sanglant, c'est un cliché digne d'un film d'horreur à deux balles..." : Sorry, c'est un cliché descriptif dont vous n'avez pas saisi le sens

* "Je crois que ce récit est un mélange de "khrafet" populaires mijotés avec l'imaginaire d'un colon français qui a entendu bcp d'histoire au sujet de "Lella Manoubeya" : C'est vrai, ce n'est qu'une version parmis d'autres, écrite par écrivain français (que je ne défend pas). C pas la version unique ou définitive.

*"In fine, sache que "lella mannoubeya" était une vraie savante en religion. Elle était une des disciples de sidi bel la7ssan el chedhli!!!: : On n'a pas dit le contraire, vous n'ajoutez rien par rapport au texte publié.

islam_ayeh a dit…

Malheureusement, je n'ai pas le temps pour détailler mais je crois qu'une assez bonne version de la vie de lella mannoubeya peut être lue dans le livre de 7asan 7osni abdelwahab : "nise2 tounisseyet"

Pouvez-vous m'indiquer dans quel passage il a été question que Mahomet est Dieu.
promettant à Mahomet, son aïeul, de vivre et de mourir vierge.
en lisant ça j'étais sûr que l'auteur est non seulement chrétien mais complètement ignorant de "la manière avec laquelle" les musulmans pensent. Il faut remplacer Mahomet par Jésus (qui est considéré comme un Dieu pour les chrétiens pour comprendre ce que je veux dire..
ajouter à cela les bêtises suivantes : Elle voulut réserver pour les élus du septième ciel les caresses de ses yeux en velours d’Utrecht... les élus du ciel!!!!

Cependant, Mahomet n’abandonna pas la vierge; il envoya des avertissements terribles au cadi. il envoya des avertissements terribles au cadi no comment!!!

et pour compléter le tout : Reconnaissant enfin qu’il se heurtait contre une manifestation dé la volonté divine

d'abord, le mot almora2in n'existe pas dans le coran! de dux, le cadi était un personnage très respecté dans les sociétés musulmanes! il devait être un faqih et un vrai savant en théologie! il est vrai qu'il y a eu des cadis corrompus ou non pieux mais ça ne justifie pas ce passage très déplacé! car moura2i ou mounefe9 suppose qu'il prie devant les gens et non tout seul!!! et puis il y a une grande différence entre hypocrite : mounefe9 et moura2i!!!

Quant à ce fameux cliché pathétique de croissant sanglant! sachez qu'en islam le croissant n'est pas sacré comme la croix pour les chrétiens! il est devenu un symbole islamique quand l'empire othoman a choisi de le mettre dans son drapeau pour "répondre" à la croix dessiné sur les drapeaux des chrétiens européens!!!

PS : Un parent lui tendit un magnifique cierge. Le cadi avait le droit de rester absent le temps que celui-ci mettrait à brûler.
D'où sort cette coutume ??? On dirait qu'il s'agit de tristant et yseult

Téméraire V4.3 a dit…

@islam_ayeh: sorry, on n'a pas la même vision des choses, c'est un récit sur Lella Manoubia écrit par un Français dans un style littéraire ou il utilise des images réthoriques, et toi, tu as compris ce que tu voulais comprendre.

Concernant "Almoraine", c'est en fait "Al Moraoune": Chapitre 30, verset 6: الدين هم يراءون * و يمنعون الماعون

islam_ayeh a dit…

je parlais du terme "mora2in" c'est une rigeur un peu zêlée :D

en fait, quand j'ai lu le post, je ne me suis pas rendu compte que t'as mentionné le nom de l'auteur dans le titre..

n'empêche, étant amoureux de l'histoire et surtout de celle de mon pays, je déteste la voir racontée par des colons avec tant d'idées reçues et de déformations! mais je sais que malheureusement les sources "tunisiennes" sont rares!

L'idée de ce blog m'a bcp plue! je serais inchalah un fidèle lecteur! en tout cas, je te conseile ce livre des éditions céres : coutumes et traditions tunisiennes! (3adat wa ta9alid touniseya) il est écris en arabe par qqun qui a vécu à la fin du XIXème siècle et au début du XXème!! il y a bcp de nostalige :p

Téméraire V4.3 a dit…

@Islam_Ayeh: Comme vous le dites, les sources arabes de l'époque sont très rares, et on ne pourra pas nier que les français (colons) avaient une littérature riche et abondante.

Néanmoins, nous faut-il savoir aussi lire entre les lignes.

Le langage utilisé par les auteurs, peut nous paraitre blessant (et il l'est dans la plupart des cas). Le vrai plaisir c'est de déceler notre richesse culturelle et religieuse à travers ces documents.

Bienvenu au club, et merci pour les références mentionnées.

Nina Louve a dit…

Je suis impressionnée. D'abord, par le récit, bien sûr. Je voyage sans craindre ni m’insurger de la fiction derrière l'Histoire. La fiction m'amuse, me plaît. Sinon, j'irais à l'école des agnostiques pathétiques, là où l'on ne croit même plus à la joie de l'émerveillement. Donnez-moi des lieux, des langues, des musiques de mots et je peux, je veux, marcher des kilomètres, seule dans le désert sans me noyer d’ennui.

Ensuite, par les commentaires que je me suis permise de lire. Ces échanges entre l’hôte de ce blogue et l’autre, m’ont surprise. Il est rare que l’on trouve la critique ce –je ne veux pas-, j’insiste, je reviens, je comprends, j’accepte ou refuse encore un peu.

Cela dit, je me trouve chanceuse de ne pas revendiquer mon Dieu ou ma Foi jusque dans la littérature. Je suis gâtée contente souriante devant mon simple et pure émerveillement à lire une histoire. Quand j’ai voyagé dans les livres de Amin Maalouf, je n’ai pas cherché : est-ce vrai jusqu’à la virgule près ? Suis-je à me faire mentir ? Me trahi-t-on ? M’arrache-t-on mon innocence, ma naïveté ? Non. Un écrivain peut me faire tout ça. Je le prends. Il m’habite. Je vais jusqu’au bout de son livre si elle m’emporte loin, fort et que les mots chantent et résonnent. Mais… pas un homme sans son livre, pas une mère mensonge sans amour, pas un patron insipide ni un collègue ou un passant n’iront me mentir. J’ai des antennes et l’instinct m’avise.

Je suis louve après tout. (sourire)