vendredi 11 mai 2007

53- Prise de Tunis par Barberousse 1534

La dynastie des Hafsides régnait à Tunis depuis trois siècles. En 1525, le roi Moulay Mohammed étant mort, un de ses fils, Moulay Hassan, bien qu’il ne fût pas l’aîné de la famille, monta sur le trône, au mépris du droit de ses frères et grâce aux intrigues de sa mère, femme ambitieuse, qui nourrissait ce dessein depuis longtemps.
Le premier soin de Moulay Hassan fut de faire étrangler ceux de ses frères dont il craignait quoique révolte. Le prince Rachid, l’un d’eux, parvint à s’échapper et s’enfuit à Alger auprès de Khair-Eddine Barberousse, dont il implora la protection.
Khair-Eddine était alors sur le point de partir pour Constantinople ; il emmena le prince en le comblant de promesses et de marques de respect. Arrivé à Constantinople, il proposa au Sultan de se servir de ce malheureux pour conquérir, au profit de l’empire, le royaume de Tunis. Sulaiman adopta son plan. Une flotte formidable fut armée sous la direction de Khair-Eddine, et l’on eut soin de répandre le bruit que le but de cet armement était d’établir sur le trône da Tunis le prince Rachid. Mais, au moment où cette flotte se disposait à appareiller, Rachid, qui jusque-là avait gardé une foi entière dans les promesses de ses deux puissants patrons, se vit traîtreusement arrêté par leurs ordres, puis jeté dans une prison, où il termina ses jours.

Il esiste plusieurs texte sur le prise de Tunis par Barberousse, je vous invite à lire cette version racontée par le Prêtre Juan De Iribès qui était à Tunis lors de ces événements :

Le 11 juin 1534, deux galiotes turques se présentèrent à l’entrée de la Goulette ; elles apportaient une lettre du Sultan pour le roi de Tunis Moulay Hassan ; mais, celui-ci ne voulut pas permettre aux galiotes de pénétrer dans le port. Les Turcs indignés jetèrent sur le rivage la lettre du Grand-Seigneur, et le 13 ils remirent à la voile.

Le 4 août 1534, les habitants de la ville de Bône se révoltèrent et tuèrent le commandant de la Kasbah. Le 9 du même mois, le roi Moulay Hassan fut avisé de cette rébellion, et le 12 il fit partir 400 cavaliers et 250 arquebusiers pour rétablir l’ordre.
Trois jours après, dans la nuit du 15, on vit passer en mer un grand nombre de voiles. Le matin, cette nouvelle se répandit dans Tunis, et le roi, croyant que c’était l’armada des chrétiens, jura par la tête de son père que, si elle osait s’approcher de Tunis, il ferait couper la tête à tous les chrétiens qui se trouvaient dans la ville ; mais on sut bientôt que cette flotte était celle de Barberousse, qui venait de s’emparer de Bizerte. Alors, le roi de Tunis, bien autrement alarmé, se mit à courir les rues, implorant le secours des habitants et leur disant : « Je suis votre père, et vous êtes mes enfants. » Mais le peuple, qui n’aimait pas le roi, ne remua pas.

Le lendemain, Barberousse vint à la Goulette. Moulay Hassan, qui, accompagné de sa mère, chercha un refuge au milieu des Arabes, et un mouvement insurrectionnel éclata après son départ provoqué par des mensonges diffusés par Barberousse.
Ce dernier avait fait répandre le bruit qu’il amenait avec lui, sur sa galère, Moulay Rachid, frère du roi, le fils de la Négresse, comme on l’appelait à Tunis.
La nouvelle de son retour détermina les principaux de la ville à se rendre à la Goulette, auprès de Barberousse ; mais il se trouva que cette nouvelle était fausse.
Comprenant qu’ils étaient joués, les Tunisiens envoyèrent dire secrètement à Moulay Hassan qu’il pouvait revenir, et que tous ils se réuniraient à lui, pour l’aider à chasser les Turcs.

Le 18 Août 1534, Barberousse se présenta de bonne heure, dans la matinée, devant la porte d’Al-Djazira avec 4,500 hommes ; au même moment, Moulay Hassan arrivait dans le faubourg opposé, suivi de 4,000 cavaliers arabes. Les Tunisiens avaient pris les armes et se rassemblaient tumultueusement, appelant le roi à grands cris ; mais les Arabes ne voulurent pas accompagner plus loin Moulay Hassan, et s’arrêtèrent dans le faubourg. Le roi entra seul dans la ville où les Turcs venaient de pénétrer par l’autre porte.

Pendant toute la journée, on se battit dans les rues. D’abord, les habitants eurent l’avantage. Plusieurs Turcs isolés furent massacrés, et les autres refoulés dans la citadelle que les Tunisiens pressaient de toutes parts. Le lendemain, Barberousse ordonna une nouvelle sortie : 1800 renégats et janissaires se précipitèrent dans la ville; leurs escopettes firent merveille et les Tunisiens s’enfuirent en désordre. Poursuivant leur victoire à travers les rues, les Turcs pénétrèrent dans les maisons et tuèrent tous ceux qui s’y trouvaient : 2000 Maures, hommes, femmes et enfants succombèrent dans cette triste journée. Enfin, les habitants se soumirent à Barberousse et le reconnurent pour roi.

Pendant que ceci se passait dans la ville, au-dehors Moulay Hassan, qui avait rejoint les Arabes, se trouvait dans un grand danger. Voyant que les Turcs étaient les plus forts, ses sauvages auxiliaires voulurent le livrer à Barberousse, et ce ne fut pas sans peine que Moulay Hassan parvint à leur échapper.

Le 24 août, il arriva à Tunis un ambassadeur nommé Louis Flouri (1), secrétaire dit Dauphin et docteur dans l’un et l’autre droit. Cet envoyé venait de Constantinople. Barberousse le reçut avec de grands honneurs, le combla de présents, et, après avoir longuement conféré avec lui, le fit conduire à Marseille. Un de ses principaux officiers accompagna l’ambassadeur (2).

Le 17 octobre, on apprit à Tunis que le Pacha Ibrahim avait battu le Soufi de Perse. Barberousse ordonna à cette occasion de grandes réjouissances qui durèrent quatre jours et quatre nuits. Après ces fêtes, il y eut une terrible sédition des janissaires qui réclamaient leur solde. Ils voulaient tuer Barberousse, qui fut même obligé de se cacher ; mais celui-ci les fit payer, et tout se calma.

Le 28 novembre, nouvelle mutinerie des Turcs, 400 soldats sortirent de la ville, disant qu’ils allaient rejoindre Moulay Hassan. Barberousse ordonna à ses renégats de les poursuivre. 180 des mutins furent tués, et sept ou huit, qui avaient été faits prisonniers, pendus aux créneaux de la citadelle. Les autres, au nombre de 260, se sauvèrent dans la campagne.

Les troupes de Barberousse, se composent de 1800 janissaires, 6500 Grecs, Albanais et Turcs et 600 renégats, la plupart Espagnols. Quant à la flotte, lorsque Barberousse se présenta devant Tunis, elle était forte de 84 galères; mais, six sont retournées à Constantinople, dix autres ont été envoyées à Alger, quinze à Bône et quinze à Bizerte ; par ordre de Barberousse, dix-huit ont été aussi désarmées, de sorte que vingt seulement, avec sept grands navires amenés de l’île de Djerba par Sinan (3), tiennent la mer et croisent devant la Goulette.

S’il faut en croire Juan de Iribés, Barberousse, pendant son séjour à Tunis, commit de grandes cruautés, faisant couper des têtes et torturer les principaux habitants pour leur extorquer de l’argent(4).


(1) Jean de la Forest (et non Louis), gentilhomme d’Auvergne et bailli de l’ordre de Malte. Ce titre, ainsi que son nom, ont donne lieu chez les historiens contemporains à de singulières confusions. Sandoval l’appelle Forestio, de la Floresta. Marmol en fait même un prêtre florentin.

(2) Les détails que donne Juan de Iribès sur les pérégrinations de l’envoyé français et sur le projet d’alliance qu’il avait mission de conclure entre le Grand-Seigneur, le roi de France et le pape Clément VII sont très curieux.
Ledit ambassadeur fut envoyé par le roi de France et par le pape Clément VII au Grand-Turc à Constantinople.
Ledit Turc ne fit à peine cas du document et le remit à Barberousse en lui disant que ce qu’il faisait, il le considèrerait comme bien et avec cela il revint à Barberousse qui le reçut avec grande joie, et la capitulation qu’il apportait était que Barberousse devait aller tout droit à Marseille et là bas il devait recevoir les galères du roi de France et avec celles-ci et sa flotte, par mer, il devait aller sur Gênes et le Dauphin de France par terre ; et de cette façon le pape Clément devait aller avec son armée sur le duché de Urbino. Gênes détruite l’armée française devait aller sur Milan et Barberousse devait venir détruire l’île de Sicile.
Barberousse sut la nouvelle que le pape étant mort ou allait mourir s’en retourna vers la Berbérie et gagna Tunis ; et le susdit ambassadeur comme je l’ai dit, partit pour ladite ville et là firent un nouvel accord et capitulation que, pour le début de cet été le roi de France livrera à Barberousse XXX galères armées afin que avec elles et sa flotte il aille contre Gênes et la Sicile et même quelques-uns disent que Barberousse fera l’assaut jusqu’à Grenade.
(Jusqu’à mon départ de Tunis, je crois que Barberousse n’a pas eu de réponse dudit ambassadeur, et le Turc qui est allé avec lui à Marseille n’est pas revenu.)

(3) Intrépide lieutenant de Khair-Eddine, qui devint plus tard si célèbre. Exempt de la plupart des vices trop communs parmi les capitaines turcs, il se montrait doux avec les esclaves et plein de pitié pour les malheureux. C’était le meilleur corsaire de son temps.

(4) Barberousse a coupé la tête à onze hommes parce qu’ils ne voulaient pas lui donner autant d’argent qu’il en demandait. Il ordonna aussi que sept hommes importants aillent faire obédience au grand-Turc et ensuite quand ils étaient dans les galères, il les fit martyriser toujours pour leur prendre de l’argent et ensuite ils les pendirent et les jetèrent à la mer avec chacun la corde au cou.